Homélie de la messe chrismale 2026

chrismale-2026

Hier matin, à cause de l’interdiction, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, de tout rassemblement important, par mesure de sécurité, le Patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pizzaballa, accompagné du Custode des Franciscains de Terre Sainte, ont désiré se rendre tous les deux au Saint Sépulcre, afin d’offrir, au seuil de la Grande Semaine, le saint sacrifice de la messe, au nom des chrétiens du monde entier, sur le lieu même du tombeau de notre Seigneur Jésus Christ. Ils n’étaient que deux et n’enfreignaient donc pas les interdictions relatives aux grands rassemblements, interdictions qui sont respectées également pour les musulmans et pour les juifs. Mais vous savez la suite : ils furent interceptés par la police israélienne, qui leur a interdit l’accès à la basilique du Saint Sépulcre. Dès que j’ai connu les faits, j’ai envoyé au cardinal Pizzaballa le message suivant : « Face à cette grave atteinte au statut des Lieux saints, et à ce qu’elle représente pour la liberté de culte, je tiens à vous assurer de mon soutien personnel ainsi que de celui de toute l’Église qui est en France. Je partage vivement votre détresse et votre inquiétude, et je souhaite vous redire ma pleine disponibilité pour soutenir toute initiative visant à protéger les Lieux saints. Au seuil de la Semaine sainte, soyez assuré de ma prière pour vous et pour les communautés chrétiennes de Terre sainte. »

Pourquoi les Lieux saints, spécialement la basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem et celle de la Nativité à Bethléem, sont-ils si importants pour la foi des chrétiens ? Il n’y a rien de magique ni de superstitieux à ce sujet. Dieu étant partout peut être invoqué partout ! Du reste, bien des chrétiens sont devenus des saints sans avoir jamais eu la possibilité de se rendre en pèlerinage sur les Lieux saints ! Et de plus, si vous parvenez, au terme d’un long et périlleux voyage, jusqu’au tombeau du Christ, c’est pour voir inscrit au-dessus de l’entrée : « Non est hic » ; « Il n’est pas ici ». Tout ce périple pour une absence – me direz-vous ! Mais s’il importe de dire qu’il n’est pas ici, c’est parce que, au soir de sa Passion, c’est bien là qu’il fut déposé, à quelques mètres du Calvaire où il avait été crucifié. Ce dont les Lieux saints témoignent, c’est donc de la réalité de l’incarnation de Dieu en Jésus Christ. Oui, c’est bien vrai : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jn 1, 14). C’est la raison pour laquelle, où que l’on soit dans le monde, on s’incline, comme nous le faisons chaque dimanche, lorsque, dans la récitation du Credo, on confesse, à propos du Fils de Dieu, que : « Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. » « Homme, éveille-toi, pour toi, Dieu s’est fait homme ! – interpellait saint Augustin. Tu serais mort pour l’éternité s’il n’était né dans le temps. […] Tu n’aurais pas retrouvé la vie, s’il n’avait pas rejoint ta mort. […] Dieu pouvait-il faire briller sur nous une grâce plus grande que celle-ci : son Fils unique, il en a fait un fils d’homme et, en retour, il transforme des fils d’hommes en fils de Dieu ? Cherche où est le mérite, où est le motif, où est la justice, et vois si tu découvres autre chose que la grâce. »

Ce soir, en cette messe chrismale, plusieurs signes nous sont donnés pour entrer dans ce mystère, pour mieux comprendre que la vérité de notre vie consiste à devenir offrande à Dieu dans le Christ. « Je vous exhorte donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu – écrit saint Paul aux chrétiens de Rome – à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » (Rm 12, 1).

Le premier signe, ce sont ces huiles que nous allons apporter tout à l’heure : celle des infirmes, en vue de l’onction des malades, et celle des catéchumènes, en vue du baptême, afin qu’elles soient bénies, puis le saint chrême, afin qu’il soit consacré, en vue des confirmations, des ordinations, ou pour la dédicace des églises. À travers elles, c’est toute la vie du saint peuple de Dieu qui est présentée et confiée au Seigneur, toutes ses joies et tous ses combats, afin que, fortifié par ces huiles saintes, il se dispose à suivre le Christ, à prendre part à ses souffrances et à communiquer au monde entier la Bonne Nouvelle de sa Résurrection. Je vous invite à être attentifs à la prière de consécration du saint chrême : « Lorsque ton Fils, notre Seigneur, eut sauvé le genre humain dans le mystère de sa Pâque, il remplit son Église de l’Esprit saint avec la merveilleuse abondance de ses dons, afin qu’elle puisse achever dans le monde l’œuvre du salut. Depuis, par le mystère du saint chrême, tu accordes aux hommes les richesses de ta grâce ».

Le deuxième signe, frères et sœurs, c’est notre assemblée elle-même, une assemblée d’hommes et de femmes, d’enfants et d’adolescents, d’adultes et d’anciens, appelés non pas à vivre ensemble, dans une simple juxtaposition, mais à vivre en frères, dans une communion qui ne vient pas d’eux-mêmes, car ce n’est pas un club où l’on se choisit entre gens qui se ressemblent. En effet, cette communion est un don de Dieu. Elle passe par l’accueil, le respect et le pardon. Tel est le deuxième signe : qu’il y ait une Église, dont la vocation, par grâce, est d’être – et de devenir toujours plus – une, sainte, catholique et apostolique. La messe chrismale invite ainsi à contempler la grâce se répandant comme une huile généreuse sur son Église, secourant les affligés, guérissant les malade, sanctifiant les catéchumènes, développant en chacun la vie qui vient de Dieu. Le sacrement du pardon est ici capital : « Le Bon Dieu aura plus rapidement pardonné à un pécheur repentant qu’une mère n’aura retiré son enfant du feu », disait, avec son bon sens bien concret, le saint Curé d’Ars !

Quant au troisième signe, plus récent dans l’histoire liturgique de la messe chrismale, il va nous être donné dans un moment, à travers le renouvellement solennel, par les prêtres et les diacres ici présents, des promesses de leur ordination. À vous, chers frères, je voudrais simplement rappeler d’abord l’exhortation de Paul aux anciens d’Éphèse : « Prenez soin de vous-mêmes et de tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis les gardiens, paissez l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang » (Ac 20, 28). Et j’ajoute ce que le même Paul, à la fin de sa vie, écrit à Timothée : « Je t’invite à raviver le don que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains. Car ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi » (II Tm 6-7). Et permettez-moi d’y ajouter le commentaire qu’en donnait le P. Joseph-Marie Perrin, dominicain de Marseille, qui a tant fait pour notre diocèse : « Comme Timothée, le prêtre s’attachera à l’Écriture “afin d’être équipé” pour toute œuvre bonne ; il y apprendra à “connaître le cœur de Dieu à travers les paroles de Dieu”, comme le recommandait saint Grégoire le Grand. Il en vivra surtout, car la parole sans amour ne réchauffe pas plus l’âme que le souvenir du feu ne peut réchauffer un pauvre corps transi”. “La flamme qui brûle le berger est la lumière du troupeau”, disait le même saint Grégoire ! »

Chers frères prêtres et diacres, merci, au nom du peuple de Dieu, pour votre ministère si beau et si exigeant. Merci d’aider chacun à veiller sur le plus important de tous les Lieux saints, celui de son âme, en partageant sans cesse, à temps et à contretemps, l’exhortation de Dieu dans le livre du Lévitique : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 20, 26). À chaque eucharistie, nous, prêtres, demandons à Dieu le Père, lors de l’offertoire, de sanctifier son peuple par le sacrement de l’alliance, « afin que nous puissions être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » Ce n’est pas une formule magique, c’est, bien plutôt, le sens de toute notre vie, à la suite du Christ : apprendre à vivre de la vie divine chaque jour de notre vie humaine ; apprendre à faire de l’éternel avec le quotidien ! Dans un chapitre donné à sa communauté le 30 janvier 1990, le père Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine, assassiné avec ses frères il y a tout juste trente ans, leur partageait ces lignes toute thérésiennes : « Je sais n’avoir que ce petit jour d’aujourd’hui à donner à Celui qui m’appelle pour tout jour. Mais comment lui dire oui pour toujours si je ne lui donne pas ce petit jour-ci ? Dieu a mille ans pour faire un jour ; je n’ai qu’un seul jour pour faire de l’éternel, mais c’est aujourd’hui ! »

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

 

Messe chrismale

Cathédrale Sainte-Marie-Majeure

Lundi 30 mars 2026

 

 

 

Publié le 31 mars 2026 dans ,

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