Homélie du cardinal Omella pour la Chandeleur
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FÊTE DE LA CHANDELEUR
Basilique Saint Victor
2 février 2025
MARSEILLE
Frères et Sœurs dans le Seigneur
Martin Heidegger (1889-1976, philosophe allemand et disciple de Husserl) s’est demandé : « À quoi servent les poètes en période de pauvreté ? » Et il a lui-même averti que la chose la plus significative dans la pauvreté, dans cette nuit du monde, n’est pas tant l’absence de Dieu, mais plutôt le manque de souffrance dû à cette absence de Dieu. Un texte rabbinique, pour sa part, prévient que « l’exil d’Israël a commencé le jour où Israël a cessé de souffrir de l’exil. » L’exil n’est pas l’éloignement de la patrie, c’est l’absence de nostalgie de la patrie. Et ce sont les poètes qui ravivent la nostalgie de la patrie perdue.
Aujourd’hui, nous vivons un véritable exil et nous n’en sommes pas conscients. Nous vivons dans une absence de Dieu et nous n’en souffrons pas beaucoup.
Nous vivons dans une société riche en choses, mais pauvre, très pauvre en valeurs humaines et avec une tendance à devenir de plus en plus pauvre, et nous restons indifférents à ce problème.
Il est choquant d’apprendre que certains enfants ont agressé un camarade de classe ; que certains maris maltraitent leurs femmes ; que certains politiciens disqualifient, non pas idéologiquement, mais personnellement, leurs adversaires, en mentant dans leurs accusations ; il est décevant que tant de cas de corruption et de fraude apparaissent parmi ceux qui devraient être des modèles de service scrupuleux du bien commun.
L’hiver de l’absence de Dieu s’est installé dans notre monde ; la nuit noire de l’exil enveloppe notre société. Au monde moderne, à l’être humain actuel, on ne lui offre pas des objectifs élevés capables de satisfaire ses besoins les plus intimes, ceux qui surgissent au plus profond de son être ; on le divertit en lui fournissant de nombreuses choses pour se distraire, comme un enfant qui est fasciné et absorbé par ses jouets, distrait dans son monde. La société moderne a besoin de poètes capables de rallumer la flamme de l’espoir.
Oui, nous avons besoin de poètes qui mettent en valeur la beauté de la vie, de ce qui est bon, de ce qui épanouit l’être humain dans la partie la plus intime de son être. Seule la beauté sauvera le monde.
Dostoïevski, dans L’Idiot, demande au prince Myskin par la bouche de l’athée Hippolit : « Est-il vrai, prince, que vous avez dit un jour que le monde sera sauvé par la beauté ? Messieurs, s’écria-t-il à haute voix en s’adressant à tous, le prince prétend que le monde sera sauvé par la beauté… Quelle beauté sauvera le monde ? »
Ni la guerre, ni la haine, ni la manipulation, ni l’injustice, ni les abus ne sauveront le monde… le monde sera sauvé par la beauté. Mais quelle beauté ? Ce ne peut être autre que la beauté si belle et si ancienne que saint Augustin d’Hippone confesse comme objet de son amour purifié par la conversion : la beauté de Dieu. Et cette beauté nous vient à travers la meilleure créature de ce monde, la plus belle et la plus aimable de toutes les créatures : la Vierge Marie. Elle est le reflet le plus clair, après Jésus-Christ, de la beauté de Dieu.
La plus belle chose chez la Vierge Marie, la Mère de Jésus et notre mère, n’est pas le manteau ou la couronne qu’elle porte sur la tête ; ce n’est pas l’image du bois ou du plâtre ; ni s’il s’agit de sculptures romanes ou gothiques. Ce qu’il y a de plus beau chez la Vierge, ce sont ses vertus, ces dons qu’elle possède en Elle, reçus de Dieu, et qu’Elle a su développer dans sa vie avec la force de l’Esprit. Son image précieuse, couronnée et parée de beaux vêtements, doit nous conduire à découvrir son intérieur, ce qui l’a fait mère de Dieu et proclamée bienheureuse par toutes les générations.
En l’an 431, à Éphèse, les Pères de l’Orient et de l’Occident, réunis en Concile œcuménique, ont proclamé Marie THEOTOKOS, la Mère de Dieu. Les chrétiens de la ville se sont joints à cette proclamation avec un joyeux enthousiasme de foi et ont quitté leurs maisons avec des torches, accompagnant les Pères conciliaires, acclamant Marie, Mère de Dieu.
Aujourd’hui, 1.594 ans plus tard, les chrétiens de Marseille célèbrent avec joie la fête de notre Mère, la Chandeleur, et nous le faisons précisément en cette Année Jubilaire 2025, sous la devise de l’Espérance. Nous ne pouvons pas oublier que la Vierge Marie est la Mère de l’Espérance. C’est ce que nous disons dans le Salve : « Je vous salue, Reine et Mère de Miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance ».
Aujourd’hui, nous nous réunissons dans ce beau temple pour contempler son image, pour l’écouter, pour lui parler et pour lui demander de nous transmettre l’espoir, son espoir, quelque chose de si nécessaire en cette époque où nous avons la chance de vivre. Oui, tous les moments sont une occasion d’expérimenter la grâce et l’amour du Seigneur.
En ce temps, nous devons savoir découvrir la bonté et la miséricorde de Dieu qui nous accompagne et marche avec nous, même au milieu de tant de difficultés au niveau social, ecclésial et politique.
Je vous invite, je m’invite, à contempler Sainte Marie, Vierge de l’Espérance. Et nous la contemplons et la prions avec l’offrande de cierges, avec la récitation du Rosaire, fuyant le péché et faisant ce qui plaît à Dieu. C’est la meilleure façon dont nous savons aimer Marie. Et nous le faisons en essayant d’intensifier et de raviver notre foi. Nous lui demandons, à elle, véritable pèlerine dans la foi, de faire en sorte que la foi que nous avons reçue en don le jour de notre baptême s’enflamme fortement dans nos cœurs, parfois fatigués et découragés.
Et nous regardons avec affection la Vierge, notre mère, en essayant de voir quelles vertus nous pourrions imiter pour devenir davantage comme elle, car cela montre que nous l’aimons.
Quelles sont ces vertus ? Elles sont innombrables. Je n’en soulignerai que deux :
Humilité. Elle est l’humble esclave de Nazareth. Quel joli titre ! Être humble, c’est se reconnaître comme créature, c’est prendre conscience que Dieu est plus grand que soi, que nous venons de Lui et retournons à Lui. Être humble, c’est reconnaître que tout vient de Dieu, de sa main bienveillante ; c’est reconnaître avec gratitude que tout est grâce.
Être humble, c’est vouloir que Dieu grandisse et que nous disparaissions ; que Dieu soit le centre et nous de simples serviteurs.
Mais être humble, c’est aussi reconnaître les autres êtres humains, quels qu’ils soient, comme des égaux ou des supérieurs à nous-mêmes. Être humble signifie ne pas accepter de les mépriser, mais toujours chercher le meilleur pour eux, toujours les reconnaître pour ce qu’ils sont, nos frères et enfants de Dieu.
Et être humble, c’est chercher toujours à suivre le Christ, pauvre et humilié. Ne recherchez ni les richesses ni les honneurs, mais acceptez les humiliations avec joie, avec paix, en union avec le Christ qui fut le premier à souffrir l’humiliation et la condamnation.
La Vierge Marie a su vivre tout cela parfaitement. Demandons-lui de nous enseigner la grande vertu de l’humilité.
Disponibilité. Qu’il est beau de voir Marie totalement disponible aux projets de Dieu ! Prête à partir en pèlerinage à Bethléem alors qu’elle est sur le point d’accoucher. Prêt à émigrer en Égypte avec son nouveau-né. Prête à donner son Fils pour le salut du monde selon le plan de Dieu. Et il se tient, avec une grande dignité, à côté de la Croix du Seigneur. Oui, Marie se laisse conduire et même secouer par Dieu.
Elle n’oppose aucune résistance. Elle sait que Dieu est le propriétaire de la vie et de la mort. Elle sait que tout est entre ses mains, que c’est Lui qui guide nos pas sur le chemin de la paix et du salut et elle se laisse conduire par Lui, même si elle ne comprend pas où Il la conduit.
Savons-nous nous remettre entre ses mains en sachant que le Seigneur veut le meilleur pour nous ? Est-ce que nous faisons réalité ce que nous disons dans le Notre Père : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » ?
Vierge, Sainte Marie, accordez-nous de contempler la beauté de votre beauté, cette beauté qui nous conduit à Dieu. Fêtes que nous ne cessions jamais de Vous regarder et de Vous aimer ; de Vous prier, de nous tourner vers Vous, car Vous êtes celui qui sait apporter tendresse, espoir, joie et paix dans nos vies. Les Marseillais ont su le faire au fil des siècles et nous ont laissé un exemple d’amour pour votre personne. Sainte Marie intercède pour nous afin que nous puissions transmettre cet amour à nos enfants et à tous ceux qui nous sont proches. Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, Vierge de la Chandeleur, conduisez-nous au Christ, guidez-nous sur le chemin de la paix. Que nous puissions toujours être des transmetteurs courageux et humbles de la foi que nous avons reçue comme un grand don. Que nous puissions toujours être Votre couronne et Votre gloire tout au long de notre vie. Amen.
+ Card. Jean Joseph Omella Omella
Archevêque de Barcelona
Publié le 02 février 2025 dans A la une
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