L’abbé Fouque, témoin du catholicisme social à Marseille
L’année 2026 marque le centenaire de la naissance au ciel du Bienheureux Jean-Baptiste Fouque, ce « saint Vincent de Paul » marseillais ayant multiplié les initiatives sociales, toujours habité du grand désir de « sauver des âmes ».
Lorsque Jean-Baptiste Fouque naît à Marseille, le 19 septembre 1851, il entre dans un monde profondément marqué par la révolution industrielle et l’essor du commerce colonial, par la constitution d’une nouvelle bourgeoisie marseillaise et par la croissance d’une population pauvre. Laïcisation progressive des institutions, apparition du socialisme et affirmation du mouvement ouvrier caractérisent, en partie, la société de son temps. Toutefois, les catholiques ne sont pas en reste. Il suffit de rappeler les noms de Joseph de Maistre et Lamennais, Montalembert et Lacordaire, Frédéric Ozanam (décédé à Marseille) et Léon Harmel, les premiers catholiques sociaux. Avec eux, l’abbé Fouque est convaincu de l’importance du rôle de l’Église dans le domaine social, notamment de sa doctrine morale et sociale, mais il possède sa propre originalité : personnellement, en tant que prêtre, il est convaincu de devoir répondre aux appels des personnes les plus fragiles, les plus pauvres, les plus délaissées. Pour lui, la charité doit être opérative et s’incarner concrètement comme réponse aux appels de détresse, ce qu’il fait en donnant de sa personne et en travaillant sans relâche, passant de l’église, de l’autel, du confessionnal et de la chaire, à ses différentes œuvres, parcourant les rues de Marseille à pied, pour le service des pauvres dans le sens le plus large du mot.
Précurseur de la doctrine sociale
Celui qui veut comprendre la raison profonde de la vie, du ministère et de l’œuvre sociale de l’Abbé Fouque, doit chercher dans sa foi et dans sa conception du sacerdoce l’inspiration qui a guidé et nourri toute son action. Dans une de ses homélies enflammées sur l’amour du prochain, il insistait avec force, après avoir parlé de l’ensemble de la création : « Notre Seigneur en parlant du prochain a voulu surtout entendre les hommes. C’est là le prochain véritable, celui qu’il faut aimer, parce que c’est celui avec lequel nous vivons, […] capable de comprendre nos inclinations, de satisfaire nos goûts ou de les combattre. Il n’y a point de créature humaine qui puisse n’être pas ce prochain. Judas, s’il vivait encore, serait notre prochain. L’être le plus mal famé, l’homme le plus dégradé, […] tout cela c’est l’homme, et l’homme nécessairement doit être aimé ».
Fondé sur la dignité de la personne, le catholicisme social se présente comme une troisième voie, outre le libéralisme et le socialisme. Ainsi, l’Abbé Fouque fait preuve d’une double originalité : il entend porter une aide efficace aux faibles, aux catégories sociales les plus défavorisées, à ceux que la société oublie, et il manifeste un souci permanent d’éducation, dicté par le souci de contribuer à la croissance des personnes, surtout celles en situation de fragilité.
Très sensibilisé aux problèmes de la jeunesse à travers son maître Timon-David, l’abbé Fouque se distingue aussi par l’importance des initiatives et de l’action que prirent les laïcs dans les œuvres qu’il fondait. Il comprit très tôt compris l’appui qu’il pouvait trouver auprès de chrétiens convaincus et militants, non seulement pour financer ses œuvres et les administrer, mais surtout pour les animer et les diriger quotidiennement. Sa vie est ainsi jalonnée par ces hommes et ces femmes, qui gagneraient à être connus, qui le suivirent et le secondèrent discrètement mais efficacement
Un généraliste de la charité
S’il s’inscrit dans le cadre très riche des fondateurs, ses contemporains, comme l’abbé Vitagliano, le chanoine Joseph-Marie Timon-David, l’abbé Fissiaux et l’abbé Dassy, il s’en distingue, car lui, n’est pas un « spécialiste », c’est un « généraliste » de la charité. Vicaire de paroisse, il est attentif à toutes sortes de détresses, sans aucune intention préconçue, sinon celle de faire le bien en faveur des plus pauvres et de ceux qui souffrent, afin de « sauver des âmes ». À la différence de tant de fondateurs d’œuvres, il n’a, semble-t-il, jamais songé à fonder une congrégation religieuse pour assurer la continuité de ses fondations. Pragmatique dans l’âme, le Serviteur de Dieu n’a d’autre méthode que celle d’aimer et d’enseigner à ses assistés l’Évangile du Christ dont il est le témoin.
Il commence donc toujours ses œuvres en s’appuyant sur des laïcs dévoués, qui font partie des fidèles dont il assure régulièrement la direction spirituelle à la Palud. Puis, le moment venu, et malgré les lois contre les congrégations religieuses, il parvient toujours à confier ses œuvres à un institut religieux capable d’assurer le soin des enfants et des malades, des jeunes filles accueillies dans ses maisons de famille et ses pensionnats, et susceptibles d’assurer aussi le développement et la pérennité de ces institutions. Dans ces maisons, tout est orienté vers le bien des personnes sans aucun préjugé, vers leur épanouissement personnel, chrétien, grâce à une ambiance de famille et à l’influence du message évangélique.
Mgr Bernard Ardura, postulateur de la cause de l’Abbé Fouque
Article à retrouver dans le numéro de février de la revue Eglise à Marseille
crédit photo DR « Mgr Ardura, postulateur de la cause en canonisation du bienheureux Abbé Fouque et président émerite du Comité pontifical des sciences historiques, à l’école Perrin Sainte-Trinité à Marseille, pour la remise du prix Abbé Fouque en juin 2025 »
Publié le 24 février 2026
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