Saint-Louis : une architecture chargée d’histoire

design sans titre

Le quartier Saint-Louis, au Nord de Marseille, possède une église exceptionnelle, bâtie entre 1933 et 1935. A l’époque, elle s’inscrit dans un projet de « rechristianisation » d’un quartier fortement industrialisé avec la présence de travailleurs venus du pourtour méditerranéen. Sa singularité architecturale est un important vecteur de foi auprès des habitants du quartier. Inscrite aux monuments historiques depuis 1989, un important chantier de rénovation est prévu en 2026, pour préserver cet élément patrimonial du quinzième arrondissement.

 Une coupole et une sculpture monumentale pointée vers le Ciel : l’église Saint-Louis surprend quand on l’aperçoit depuis l’autoroute A7, juste après les Aygalades. Une église atypique dont le béton est chargé d’histoire. Vingt-cinq ans après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, « l’explosion économique attire dans les quartiers nord de Marseille toute une main-d’œuvre étrangère, principalement italienne et espagnole, donc traditionnellement catholique, mais qui s’installe dans un monde où l’influence du Parti communiste va croissant. Il est urgent de rajeunir le message chrétien pour lui permettre de s’implanter dans les banlieues », raconte Lucienne Brun[1].

Dans les années 1930, l’Eglise fait le constat inquiétant de la déchristianisation des milieux urbains et, particulièrement, des banlieues ouvrières. A Marseille, les quartiers Nord sont alors peuplés de travailleurs, venus du pourtour méditerranéen comme des Italiens, des Espagnols et des Kabyles. Le développement économique en lien avec les activités portuaires a provoqué au XIXè siècle un accroissement important de la population. Le quartier de Saint Louis proche des ports, d’où lui parviennent les matières premières, est connu notamment pour ses activités d’huileries, de savonneries, d’abattoirs et de sucreries. La marque très populaire « Les sucres de Saint Louis » est née ici.

Dans ce contexte, Mgr Maurice Louis Dubourg, archevêque de Marseille entre 1928 et 1936, réorganise l’activité diocésaine : plusieurs paroisses sont ainsi créées dont neuf églises et trois chapelles, parmi lesquelles l’église Saint-Louis. La première pierre est posée le 15 octobre 1933. La première messe est dite à ciel ouvert par le curé Gabriel Pourtal, le 17 juin 1934, alors que les murs de l’église commencent seulement à s’élever. Elle est officiellement inaugurée le 20 octobre 1935.

Label « Architecture contemporaine remarquable »

 L’église Saint-Louis viendra remplacer une église existante, trop petite et vétuste. Le diocèse se tourne alors vers le patronat local pour des dons et des souscriptions. Le terrain choisi est situé face au cimetière mais il est enclavé parmi des usines et des entrepôts. La parcelle irrégulière ne permet pas une implantation traditionnelle perpendiculaire à la rue. C’est l’architecte Jean-Louis Sourdeau (1889-1976) qui sera à la manœuvre. Originaire du nord de la France, il s’installe à Marseille en 1928. Il y construit des écoles, des immeubles, de nombreux logements sociaux, dont le Hameau de la Garde à La Ciotat, pour les ouvriers des chantiers navals ou encore l’hôpital Edouard-Toulouse. Il choisit de donner une forme octogonale à l’église Saint-Louis pour épouser au mieux la superficie et l’espace disponibles. Contrairement aux églises classiques, elle prend la forme d’un gigantesque navire de pierre, au milieu des usines, avec à sa proue l’ange Gabriel de Sarrabezolles de 7 mètres de haut. Le Christ est tourné vers la mer et donc symboliquement vers le port et ses dockers (cf encadré).

A l’intérieur de l’édifice, la hauteur de la coupole impressionne le visiteur. La lumière est filtrée par les vitraux en béton translucide, technique assez innovante à l’époque. Deux œuvres monumentales sont présentes dans l’église, deux dessins sur papier marouflé qui reprennent l’iconographie ouvrière des années d’après-guerre. D’un côté, un travailleur courbé tirant un lourd poids qui donne la main au Christ, en filigrane, qui, dans la même position, porte sa croix. De l’autre, des travailleurs de tous les continents, qui montent les marches des usines vers « le chemin, la lumière et la vie ». Ces affiches seraient des agrandissements de dessins parus dans le calendrier de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) d’alors.

Elles sont le témoin de l’histoire d’un catholicisme ouvrier, nés dans ces quartiers de Marseille après la seconde guerre mondiale. Car l’histoire de l’église Saint Louis, c’est aussi celle de ces prêtres ouvriers, immergés au milieu de la population, « qui ne se sont pas contentés de prêcher en chaire mais sont allés partager, au fond des cales de bateau et ailleurs, les travaux les plus durs de ces ouvriers qui sont devenus leurs compagnons »[i] . Saint-Louis fut la première église de France confiée aux prêtres ouvriers. Parmi eux, Jean Gentile, curé-doyen, Georges Hallauer, Jacques Loew, le premier prêtre docker et André Piet. La Mission ouvrière permet la naissance de communautés chrétiennes en grande proximité́ avec la population de ces quartiers, se faisant l’écho de leurs luttes et de leurs espérances. De nombreux initiatives sociales sont lancées par les chrétiens du quartier comme le Mouvement populaire des familles, le squat de bâtiments vides pour y loger des familles à la rue, les associations de « Castors » pour permettre aux ouvriers de construire, eux-mêmes et ensemble, leurs propres maisons. A l’entrée de l’église, une stèle rend hommage à un prêtre ouvrier, André Bergonnier, mort d’un accident du travail sur le port de Marseille. Autre œuvre majeure propre à cette église, un chemin de croix peint à fresque par Roger Martin-Ferrières.

De saint Louis à Saint-Louis

Pourquoi le quartier et l’église portent-t-ils le nom du saint roi de France ? Parce qu’il aurait fait étape à Marseille, en revenant de la croisade au cours de laquelle il ramena dans son royaume la couronne d’épines du Christ. La tradition orale raconte que Saint Louis se serait arrêté chez les Carmes des Aygalades et aurait laissé un don pour construire une église, qu’en souvenir, on aurait appelé Saint Louis. Le roi et sa croisade sont une source d’inspiration pour l’église. La couronne d’épines est présente à plusieurs endroits, elle est aussi portée par l’ange Gabriel sur la façade et par Saint Louis sur le vitrail qui le représente, sur les ferronneries d’angle et dans le grand lustre circulaire au cœur de la coupole. Les vitraux aussi évoquent les croisades.

Marquée par cette histoire très ancienne des croisades ou, plus récentes, de la Mission ouvrière, l’église Saint-Louis est inscrite en sa totalité́ sur l’inventaire des monuments historiques par arrêté́ du 14 décembre 1989. Elle a obtenu le label « Patrimoine xx siècle » en 2002, devenu aujourd’hui « Architecture contemporaine remarquable ». Aujourd’hui, au cœur du noyau villageois de Saint Louis et à proximité immédiate de grands ensembles HLM comme Campagne-Lévêque, marqués par une forte présence musulmane, une certaine précarité sociale, les trafics ou le mal-logement, l’église poursuit sa mission de témoignage de la foi. C’est pour soutenir cette mission et la faire perdurer qu’un grand chantier de rénovation de l’église se prépare.

SL

crédit Diocèse de Marseille

 

A retrouver dans le numéro d’avril d’Eglise à Marseille

Bibliographie

L’église Saint-Louis. L’art et la foi rencontrent le monde ouvrier, Marseille, Fraternité Saint-Louis, 2010

L’église Saint-Louis de Marseille, une mémoire en devenir, sous la direction de Jean-Claude Gautier, éditions Mémoire à lire, Territoire à l’écoute.

[1] Lucienne BRUN, L’église Saint-Louis. L’art et la foi rencontrent le monde ouvrier, Marseille, Fraternité Saint-Louis, 2010

[i] Lucienne Brun « L’église Saint-Louis. L’art et la foi rencontrent le monde ouvrier », Marseille, Fraternité Saint-Louis, 2010

Publié le 21 avril 2025 dans

Ces articles peuvent vous intéresser

Qu’est-ce que le Carême ?

Le Frère Antoine Odendall O.P. (délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle…

Lire l’article →

Pèlerinage 2026

Vous pouvez désormais vous inscrire en ligne aux différents pèlerinages organisés par…

Lire l’article →

« Marseille, voici ta mère ! »

En la basilique Saint Victor le dimanche 7 décembre 2025, le cardinal…

Lire l’article →

en ce moment

à Marseille

Publications
récentes

Plus d’actualités →