Trente ans après, l’héritage de Pierre Claverie

claverie

Le 1er août prochain, cela fera trente ans qu’on a tenté de faire taire Pierre Claverie, dominicain, évêque d’Oran, assassiné pendant la guerre civile algérienne ; cela fait trente ans pourtant que son exemple et son enseignement ne cessent de nous parler.

Né en Algérie en 1938, dans ce qu’il appellera plus tard la « bulle coloniale » qui l’a empêché de connaître véritablement son pays natal, il choisit de devenir frère dominicain alors que cet univers se détruit dans la violence de la guerre d’Algérie. Après l’indépendance, il demande à retourner à Alger, où pendant des années il travaille passionnément à la rencontre islamo-chrétienne, sans naïveté ni découragement, au sein d’une Église qui se réinvente dans l’Algérie nouvelle. En 1981, le voilà évêque d’Oran : un diocèse vaste, mais qui compte peu de catholiques. C’est de là que Pierre Claverie assiste aux évolutions du pays : la tentative de démocratisation, qui échoue et conduit à la violente guerre civile des années 1990 qui met face à face les djihadistes et l’armée, dans un affrontement sanglant. Alors que les chrétiens constituent une cible, numériquement négligeable parmi les centaines de milliers de morts de la décennie, mais très visibles au plan international, Pierre Claverie conserve sa liberté de parole, malgré le danger. Le 1er août 1996, quelques mois après l’enlèvement et la mort des moines de Tibhrine, il est assassiné à l’évêché d’Oran, en même temps que Mohamed, un jeune Algérien qui était venu le chercher à l’aéroport. Pierre le dix-neuvième et dernier des martyrs d’Algérie.

Et pourtant, tout commence. La pensée de Pierre Claverie, sa réflexion sur le dialogue tout comme son approche lumineuse de la spiritualité chrétienne, commence à être publiée aux éditions du Cerf et rencontre son public. En 2011, une pièce de théâtre met en scène l’amitié de Pierre Claverie avec le jeune homme qui partagera sa mort : Pierre et Mohamed rencontre un succès hors normes, après plus de 2000 représentations, en France, mais aussi en Italie, au Liban et en Algérie. En 2018, à la demande du pape François, Pierre Claverie et ses dix-huit compagnons martyrs sont béatifiés en Algérie (une première !), au cours d’une belle célébration sur les hauteurs d’Oran.

Qu’est-ce qui continue de susciter l’intérêt des chrétiens d’aujourd’hui dans la figure de Pierre Claverie ? Sans doute présente-t-il une voie originale, aussi éloignée du relativisme où la foi se diluerait que de l’étroitesse où la charité se perdrait. Pierre Claverie, lui, a choisi de vivre la rencontre au nom d’une foi pour laquelle il n’a pas hésité à donner sa vie : un chemin étroit, sans doute, dans nos sociétés fracturées, mais aussi la voie des saints, la voie des chrétiens.

Les 30 ans de la mort de Pierre Claverie à Marseille

Le samedi 14 février 2026, c’est à Marseille que l’année du trentenaire commence, avec deux événements publics, au couvent des dominicains de Marseille (35 rue Edmond Rostand, 13006) :

  • 10h30 : « Pierre Claverie, une voix prophétique pour notre temps » Conférence du Cardinal Jean-Paul Vesco, o.p., archevêque d’Alger
  • 12h05 : Messe solennelle présidée et prêchée par le Cardinal Jean-Marc Aveline, Archevêque de Marseille

Adrien Candiard

Publié le 04 février 2026 dans

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