Hommage au photographe Robert Poulain
C’est avec une immense tristesse que nous avons appris le décès du photographe de presse Robert Poulain. Nous l’avions rencontré en mars dernier afin de dresser son portrait, lui qui avait immortalisé les églises, les fêtes liturgiques et autres événements du diocèse pendant de nombreuses années et ainsi contribué à enrichir Église à Marseille et les réseaux sociaux du diocèse.
Quand il se promenait dans les rues de Marseille, Robert ne pouvait s’empêcher de multiplier les haltes pour saluer des visages familiers. Depuis trente ans qu’il vivait ici, il connaissait la ville comme sa poche. Il en avait arpenté toutes les rues et les moindres recoins, du nord au sud et d’est en ouest. Comme tout bon photographe de presse, il avait patienté de longues minutes devant les grands monuments marseillais pour photographier des personnalités, qu’il pleuve, qu’il vente ou que le soleil soit au zénith. À travers son objectif, il fixait aussi bien pour l’éternité les moments historiques que les scènes de la vie quotidienne. Pour lui, la photo ne mentait jamais, un peu comme si le photographe écrivait avec la lumière de la vérité.
« Quand tu prends une photo, selon les personnes, les caractères, tu n’obtiens jamais la même photo. J’aime les photos qui ne racontent pas celles qui posent », précisait-il.Au départ, Robert ne se destinait pas à devenir photographe. Alors qu’il se formait en électricité électronique, il s’était rendu chez un photographe pour développer ses pellicules, comme cela se faisait au temps où les smartphones n’existaient pas. La photo n’était alors qu’un passe-temps pour lui. Pourtant, la personne qui développait sa pellicule l’avait interpellé pour lui dire qu’il faisait de belles photos. « Tout est parti de là », se souvenait-il. Puis les rencontres et les opportunités avaient fait le reste et il était devenu photographe de presse correspondant pour une agence parisienne.
Originaire de Saint-Jean-le-Blanc, près d’Orléans, il avait vadrouillé de la Touraine à l’Alsace, en passant par les Antilles et avait fini par faire de Marseille son port d’attache. Il faut dire que l’amour était passé par là. « Eh oui, je suis tombé amoureux d’une Marseillaise. Alors, je suis resté ici », souriait-il. Depuis toutes ces années, il avait aussi beaucoup photographié les églises, les fêtes liturgiques et les événements du diocèse. Des moments de « grâce » dont il se souvenait particulièrement, comme en ce jour d’ordination presbytérale de deux jésuites, Aimé Yoh et Cyrille Causse, le 3 janvier dernier, à la cathédrale de La Major. « Voir la cathédrale avec autant de fidèles, c’était fabuleux. J’étais vraiment heureux d’être là et je suis émerveillé de voir tous ceux qui sont au service de la cathédrale et qui travaillent dans l’ombre. » Robert gardait en mémoire ces ordinands prosternés face contre sol, en signe d’abandon à Dieu au rythme des litanies des saints chantées par l’assemblée. « C’était vraiment un moment extraordinaire. Tout était beau. Il se passait vraiment quelque chose. Je pense que cela s’est ressenti dans les photos car je photographiais des détails imperceptibles et des instants rares. En revanche, je ne photographie jamais les gens en train de communier car c’est un moment sacré et intime. »
Capter la beauté du moment sans jamais être intrusif, c’était aussi une règle qu’il s’était fixée. À l’écouter raconter ce souvenir, on comprenait que le photographe avait perçu quelque chose de la beauté et de la grandeur du sacrement qui se déroulait sous son objectif. Du diocèse, Robert racontait aussi l’éclat de ses églises et de ses objets liturgiques. Il pouvait passer de longues minutes devant une statue, fasciné par la finesse de ses traits, ou encore devant les crèches de Noël. « C’est tellement beau », résumait-il. Le photographe confiait aussi avoir découvert des pépites dans ces petites chapelles, souvent peu ouvertes au public. Il était également touché par l’accueil que lui réservaient les prêtres, heureux de faire mieux connaître leur église. Mais celle qui occupait une place à part dans son cœur, c’était l’abbaye Saint-Victor, où il se rendait régulièrement pour déposer un cierge ou prier devant la statue de saint Antoine de Padoue. « C’est un lieu où je me sens bien. Les murs sont chargés d’histoire, toutes ces pierres racontent l’histoire de la chrétienté à Marseille. C’est à la fois vertigineux et saisissant, qu’on soit croyant ou non, cela ne laisse pas indifférent. » Pudique, Robert parlait peu de foi, ou alors tout simplement pour dire qu’il n’avait pas besoin d’aller à l’église pour prier. Il reconnaissait se poser beaucoup de questions.
À ses yeux, la foi était un chemin escarpé, balayé par la tempête des épreuves. Robert n’en avait pas dit plus. Aux mots, il préférait les images. Et la beauté de ses photos parlait pour lui. Le diocèse lui rend hommage pour ce qu’il a apporté à la revue et prie pour lui et ses proches.
Sophie Lecomte
Crédit photo Robert Poulain
Publié le 27 avril 2026 dans A la une
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