Exposition : Quand la faïence sert la dévotion
A l’occasion du tricentenaire de l’Académie des Sciences, Arts et Lettres de Marseille, le musée de Notre-Dame-de-la-Garde propose une exposition inédite de 150 œuvres de faïence, issues de collections publiques et privées. Une plongée au cœur des liens entre les manufactures de Provence et l’expression de la foi, en particulier la dévotion au Sacré-Cœur si chère au diocèse. A voir jusqu’au 22 novembre.
Parmi les 150 objets de faïence proposés par l’exposition figure une grande plaque décorative de grand feu datant de la fin du XVIIè siècle sur laquelle est représenté le sacrifice d’Abraham. La finesse du trait du pinceau laisse apparaître le visage de l’ange qui stoppe la main d’Abraham prêt à sacrifier son fils. Sur l’image de porcelaine figée, on imagine pourtant un dialogue entre l’envoyé de Dieu et Abraham face à Isaac qui semble soulagé de la tournure que prend la situation. Sur cet émail pulvérulent, impossible de gommer ou dépasser ! Le travail est maitrisé à la perfection ! Cette plaque, datant de la fin du XVIIè, attribuée à la fabrique Clérissy de Saint-Jean-du Désert, n’a quasiment jamais été exposée et a été offerte en 2026 au Château Borély, musée des arts décoratifs, de la faïence et de la mode par Margaret Zafiropoulo, issue d’une famille de collectionneur de faïence. C’est d’ailleurs cette même plaque qui est à l’origine de l’exposition. La commissaire Marina Lafon-Borelli la connaît depuis son enfance puisqu’elle était exposée chez son arrière-grand-père, collectionneur. « Lorsque j’ai vu cette œuvre, j’ai eu comme un choc esthétique qui est resté gravé dans ma tête, je n’avais que 12 ans et mon amour pour la faïence date de cette époque-là », se remémore-t-elle.
Cette exposition, Marina Lafon-Borelli la prépare avec passion depuis deux ans. Son travail a permis de réunir des plaques décoratives, des statues de dévotion, des pièces d’apparat et d’apothicairerie et des objets liturgiques, qui proviennent des collections publiques des musées du Château Borély, d’Arbaud, d’art et d’histoire de Provence, de Grasse, de la Faïence de Moustiers, du Château-musée de Saumur et des Comtes de Provence de Brignoles. L’exposition rappelle un aspect méconnu, l’âge d’or de l’art de la faïence à Marseille et à Moustiers, ainsi que son lien étroit avec la vie religieuse et les pratiques de dévotion. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les faïences ne sont pas uniquement utilisées dans le cadre d’un usage domestique et cette exposition nous montre qu’elle peut aussi être utilisé à des fins catéchétiques et religieuses, constituant ainsi de véritables œuvres d’art.
La faïence: un outil catéchétique
Une première partie de l’exposition expose des pièces issues de la période 1679-1730, règne de « faïence du grand feu ». Les visiteurs découvriront des décors en camaïeu bleu et manganèse relatant des scènes bibliques ainsi que des pièces armoriées ayant appartenu à de hauts prélats. Une grande vitrine reproduit le décor d’une apothicairerie de couvents, avec des « pots monstres » à but décoratif et des « pots canon » ornés des emblèmes des Franciscains, des Jésuites et des Chartreux, témoins du prestige des ordres religieux à l’époque. L’exposition permet de rappeler aussi que la Provence était une terre de faïence depuis le XIIIè siècle. La faïence décorative prend son essor à partir de la fin XVIIè siècle. C’est ainsi que des familles nobles ou aisées commandaient de la faïence d’apparat représentant des scènes religieuses ou bibliques au lieu de scènes de mythologie ou de bataille.
La châsse d’Anne-Madeleine Rémuzat donnée au musée de Notre-Dame-de-la-Garde
La deuxième partie de l’exposition choisit de montrer des pièces créées après l’épisode de la Peste de 1720 à Marseille. Au sortir de cette épreuve, la ville se relève et les ateliers se remettent en marche. La faïence devient alors le support matériel de prière, de catéchèse et entre dans les églises. De nombreuses œuvre uniques et inédites du grand faïencier marseillais Joseph Fauchier sont proposées. Entre 1714 et 1725, il perd ses sept enfants et rejoint la branche mineure des franciscains pour devenir « frère Marie du cœur de Jésus ». Artiste engagé au service du culte, il crée des Vierges, des Christs et des saints sur des grandes plaques de faïence d’une intensité remarquable. Une pièce n’échappera sans doute pas aux fidèles marseillais, la chasse en faïence qui abrite le masque mortuaire de sœur Anne-Madelaine Rémuzat, connue pour avoir inspiré la consécration au Sacré-cœur en 1720. L’objet est décoré des allégories de la Foi et l’Espérance et se trouvait au monastère de la Visitation de Voiron dans l’Isère. Après l’exposition, la châsse d’Anne-Madeleine Rémuzat intègrera définitivement le musée de Notre-Dame-de-la-Garde. « Une grande nouvelle pour le diocèse de Marseille car cette sœur a particulièrement marqué son histoire », se réjouit Marina Lafon-Borelli.
L’exposition se termine par une vitrine exposant des pièces du service commandé par la cardinal polonais Gabriel Podoski à la manufacture de Joseph-Gaspard Robert lors de son passage à Marseille en 1776. Des pièces remarquables par le raffinement d’un camaïeu de vert, unique à l’époque.
Par son travail et sa passion communicative, Marina Lafon-Borelli souhaite faire mieux connaître l’importance que la faïence a eue à Marseille et notamment lorsqu’elle a servi de support à la dévotion, tel que le démontre le travail d’artiste de Joseph Fauchier. Ce qui la rend la plus fière est le dépôt de la châsse d’Anne-Madeleine Rémuzat au musée de Notre-Dame-de-la-Garde. Son investissement au cœur de cette exposition lui a aussi permis « d’avancer dans son cheminement personnel », reconnait-elle. A ne pas manquer !
SL
Crédit photo DM
Exposition « Faïences dévotion »
Jusqu’au 22 novembre, au musée de Notre-Dame-de-la-Garde
Horaires : tous les jours : 9h–17h
Tarifs : 4€ adulte • 2€ (10–17 ans) • Gratuit < 10 ans
Réduit 2€ (sur justificatif) : demandeurs d’emploi, RSA, étudiants, CMI, +65 ans
Marina Lafon-Borelli propose des visites pour les paroisses sur demande
marina.lafon-borelli@orange.fr
A paraître dans le prochaine numéro de la revue Eglise à Marseille, avec une belle interview des pères Olivier Spinosa et Didier Rocca, ancien et nouveau recteur du sanctuaire. Pour ne pas le manquer abonnez-vous, ici.
Publié le 10 septembre 2026 dans A la une
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