Homélie de la messe du vœu des échevins – Cardinal Pietro Parolin

parolin major

Cher Monseigneur Aveline,

Excellences,

Messeigneurs,

Distinguées Autorités civiles, militaires, paramilitaires et judiciaires,

Messieurs les Représentants de la Chambre de commerce de Marseille,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

 

Nous voici rassemblés, en ce 3ème centenaire du vœu des échevins de Marseille, en cette solennité du Sacré-Cœur. Depuis 1722, les autorités municipales de Marseille renouvellent chaque année la consécration de la ville, accomplie sous l’impulsion de la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat, pour la délivrer de la peste. Jésus était apparu à sœur Anne-Madeleine, lui demandant d’implorer et de prier pour les pécheurs. Il lui avait montré son Cœur, ce Cœur transpercé par la lance et lui avait révélé sa miséricorde. Comme Saint Bernard le soulignait « en la personne du Christ, Dieu se réconcilie le monde. Le fer a transpercé son être et touché son cœur afin qu’il n’ignore plus comment compatir à nos faiblesses. Le secret de son cœur paraît à nu dans les plaies de son corps ; on voit à découvert le grand mystère de sa bonté, cette miséricordieuse tendresse de notre Dieu »[1]. Anne-Madeleine propagera la dévotion à ce Cœur divin. Pourtant le jansénisme faisait alors des ravages. Les cœurs étaient endurcis et s’éloignaient de l’amour miséricordieux du Seigneur, pour le réserver à une soi-disant élite, au lieu de le faire connaître à tous.

Dans sa sagesse, la liturgie de l’Église, pour nous faire contempler le Sacré-Cœur, nous donne d’entendre une parabole de Saint Luc qui manifeste l’attitude de Jésus bon Pasteur : d’abord, il se met en quête de la brebis perdue. Il ne l’abandonne pas mais la recherche jusqu’à la trouver. Le bon pasteur aime ses brebis et donne sa vie pour elles : « Je suis le bon berger…je livre ma vie pour mes brebis » (Cf. Jn 10).

Ce qui frappe tout d’abord, c’est le côté irrationnel du pasteur qui préfère laisser seules quatre-vingt-dix-neuf brebis dans le désert pour aller chercher celle qui s’est égarée. Il y a là quelque chose de déraisonnable, il est en effet imprudent de laisser tout le troupeau sans protection. Le pasteur, évidemment, représente le Christ, cela nous fait toucher du doigt combien Jésus nous aime à la folie. Son amour est incompréhensible ; il surpasse, comme dit Saint Paul, toute connaissance (cf. Ep 3, 19) ; il va « jusqu’à donner sa vie pour les coupables » (Rm 5, 6), comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile » (Rm 5, 7). Mais Jésus « est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5, 8). Il nous semble impossible de réserver un amour aussi grand à qui nous paraît le mériter le moins. Et pourtant Jésus l’a fait !

Ezéchiel, dans la première lecture, nous dit que le Seigneur va à la recherche des brebis perdues dans les lieux reculés où elles ont été dispersées. C’est ce que ne comprennent pas les pharisiens qui murmurent : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! » (Lc 15, 1-2). Et ils s’en scandalisent. Pour eux, il faut être pur pour être aimé ; les pécheurs n’ont droit qu’au mépris et il ne faut pas les fréquenter. Mais Jésus ne l’entend pas ainsi car il sait aimer autrement, il sait aimer par miséricorde. Il sait donner son amour à ceux dont la société a jugé qu’ils n’en avaient plus le droit.

Remarquons que la pauvre brebis est incapable de retrouver elle-même la trace du bon berger : elle est perdue, donc particulièrement vulnérable, en grand danger. Seul le berger peut la retrouver, la rejoindre, la soigner dans son égarement. Et lorsqu’il la trouve, sa joie est immense et elle se communique à tous. De même que la peine est portée par les amis, la joie ne peut être gardée mais demande à se communiquer à tous.

Certains se demanderont ce que cet Evangile peut bien nous enseigner en ce jour à Marseille. « L’Église sait parfaitement que son message est en accord avec le fond secret du cœur humain quand elle défend la dignité de la vocation de l’homme et rend ainsi l’espoir à ceux qui n’osent plus croire à la grandeur de leur destin. Ce message, loin de diminuer l’homme, sert à son progrès en répandant lumière, vie et liberté »[2].

Et cette annonce d’un amour miséricordieux, accueillant et qui prend soin de l’autre, n’a jamais été autant actuelle et importante dans cette ville carrefour des civilisations, dont les défis sont nombreux et les espérances sont grandes. Accueillir l’autre, le recevoir comme le frère que Dieu me donne, l’aimer et vouloir son bien, rechercher la justice sociale. Le Pape François nous rappelle qu’ : « il est indispensable de prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaître le Christ souffrant »[3]. En effet la Parole de Dieu enseigne que le frère est le prolongement permanent de l’Incarnation pour chacun de nous : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante. « Même si, en apparence, cela ne nous apporte pas des avantages tangibles et immédiats » nous devons prendre soin de nos frères les plus isolés et les plus blessés « les sans-abris, les toxico-dépendants, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées, les migrants »[4]. Le Saint-Père exhorte la ville de Marseille « à une généreuse ouverture, qui, au lieu de craindre la destruction de l’identité locale, est capable de créer de nouvelles synthèses culturelles. Comme elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents, et qui font de cette intégration un nouveau facteur de développement ! Comme elles sont belles les villes qui, même dans leur architecture, sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! »[5]. Il est heureux de voir que Marseille chemine vers cet horizon fraternel, qu’elle porte déjà en elle ! Marseille, la Cité phocéenne, Porte de l’Orient et Porte de l’Occident, européenne et méditerranéenne à la fois !

La brebis perdue est l’image du frère qui vit ici à Marseille, ce frère d’une autre culture, d’une autre origine, ce frère dans le besoin, ce frère en humanité. « Je voudrais que nous écoutions le cri de Dieu qui nous demande à tous : « Où est ton frère ? » (Gn 4, 9) »[6]. Ce frère attend une main qui viendra le chercher, le relever, le soigner. Le Cœur du Christ ne peut pas rester indifférent face à la souffrance, et le nôtre non plus. Il nous invite à agir vite, à soulager, panser et à soigner les blessures de nos frères, à rechercher la paix et la justice sociale en gardant comme seule boussole le Cœur divin et humain de Jésus qui nous redit « la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion, et la loi suprême de l’amour fraternel »[7].

En contemplant le Cœur du Bon Pasteur nous apprenons nous-mêmes à prendre soin des autres, à prendre soin d’un pays ou d’une ville. Et cette ouverture du cœur est source de joie. La joie à laquelle le Christ nous invite aujourd’hui est la joie d’annoncer l’Evangile, la joie de retrouver son frère, la joie de la brebis d’avoir été retrouvée, d’être portée sur l’épaule de son berger, d’être soignée, remise en forme et réintégrée à la plénitude du troupeau. La joie d’un cœur ouvert, qui se donne sans cesse. Voilà la joie à laquelle Marseille est appelée. Alors implorons le Seigneur, comme le disait un vieux cantique français. « Jésus, doux et humble de cœur, rendez mon cœur semblable au vôtre, prenez mon cœur qu’il soit bien vôtre, brûlez mon cœur au feu du vôtre, changez mon cœur avec le vôtre » !

Amen

Cardinal Pietro Parolin

 

[1] Saint Bernard de Clairvaux, Homélies sur le Cantique des cantiques, 61,3-5, trad. Orval, Liturgie des Heures, t.1, p.486.

[2] Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 21.

[3] François, Evangelii gaudium, n.210.

[4] François, Evangelii gaudium, n.210.

[5] François, Evangelii gaudiuum, n.210.

[6] François, Evangelii gaudium, n. 211.

[7] François, Fratelli tutti, n. 39.

Télécharger l’homélie au format PDF : Homélie Cardinal Parolin Voeu2022


Crédit photo : Gaël Barrera

Publié le 28 juin 2022

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