Rencontre de Florence

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Le père Alexis Leproux, vicaire épiscopal chargé des relations méditerranéennes de notre diocèse et également curé de Notre-Dame-du-Mont, était présent à Florence aux côtés de Mgr Aveline. Il a accepté de nous faire partager le déroulement et les enjeux de cette rencontre exceptionnelle, et nous le remercions vivement.

Giorgio La Pira (1904-1977), un nom peu connu en France, est pourtant une grande figure dans l’histoire méditerranéenne du XXème siècle. Maire de la somptueuse ville de Florence de 1951 à 1957, puis de 1961 à 1964, ce tertiaire dominicain dont le procès de canonisation est en cours, fut un homme politique étonnant d’audace et de créativité. 

Il nourrissait le rêve d’une Méditerranée de la Paix et revenait sans cesse à cette prophétie d’Isaïe : « Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre » (Is 2,4). Il voulait voir cette mer intérieure comme le « grand lac de Tibériade », conduire les habitants, qu’ils soient Juifs, Chrétiens et Musulmans, à vivre ensemble sous la « tente d’Abraham ». 

Tel devait être le témoignage que les grandes religions monothéistes devaient apporter au monde, un témoignage de la fraternité. Initiateur pour cela des colloques méditerranéens (1958-1964), le saint maire de Florence veillait à ouvrir un dialogue concret entre tous. Pour consolider l’unité et l’égalité de la famille humaine, il se faisait serviteur de la paix à tout prix, entre l’Egypte et Israël, entre la France et le FLN, entre Israéliens et Palestiniens. « La Méditerranée n’est pas un fossé de séparation, c’est un principe d’union », se plaisait-il à répéter.

Forts de cet esprit, le Cardinal Bassetti d’un côté, président de la Conférence Episcopale Italienne (CEI), et Mr Mario Nardella de l’autre, maire de Florence, tous deux florentins, ont proposé respectivement de rassembler des évêques et des maires de plusieurs villes méditerranéennes. La rencontre des évêques faisait suite à celle de Bari en février 2020. Celle des maires en revanche était inédite. Les noms d’Izmir, Tel Aviv, Fez, Sarajevo, mais aussi Rome, Marseille, Athènes et d’autres, ont ouvert un paysage politique et culturel sans égal. Les évêques de Jérusalem, Ankara, Alger, Belgrade, Rabat, Palerme et bien d’autres en ont ouvert un autre, celui-ci résolument ecclésial. 

Pour la soixantaine d’évêques réunis à cette occasion, il y eut d’abord deux jours et demi de travail, chacun pouvant partager son expérience et ses attentes : enjeux du dialogue interreligieux, soin qu’il faut apporter aux plus fragiles, place des jeunes et des migrants, annonce de l’évangile…  Sur un ton libre et fraternel, des points de vue très différents ont été mis en commun, on a recueilli des peines et des joies, des témoignages parfois bouleversants. Le drame ukrainien frappa de plein fouet le cœur de ces pasteurs rassemblés pour construire la paix, une paix d’autant plus précieuse.

La journée du samedi a été commune aux maires et aux évêques. Assis ensemble dans la prestigieuse salle des Cinq Cent où s’étaient joués, il y a plus de cinq siècles, les premiers pas de la république florentine, ils ont eu un long temps d’échange où chacun a pu prendre librement la parole. Retenons un symbole, celui d’une charte commune au service de l’éducation, de la culture et de la paix entre les diverses communautés religieuses dont ces villes sont porteuses. 

Au-delà du symbole, un esprit s’est dégagé, celui d’une civilisation où l’altérité ne doit pas altérer la communion mais la renforcer. Les évêques, heureux de mieux se connaitre, n’ont pas manqué de proposer des petites structures de communion pour construire l’avenir. La perspective d’une synodalité méditerranéenne est apparue comme une évidence déjà à l’œuvre. Les maires, heureux de ce type de rencontre inédite, ont retrouvé la profondeur de leur responsabilité. L’idée d’une université de la Méditerranée a fait son chemin pour que cette mer ne soit pas un mur mais qu’elle devienne « la mer aux milles ponts » pour reprendre l’expression de la jeune maire de Sarajevo.

Le dernier mot n’est malheureusement pas revenu au Pape François que l’on attendait, retenu à Rome pour un souci de santé. C’est le cardinal Bassetti qui a conclu cette rencontre en célébrant la messe dans la basilique franciscaine Santa Croce. Son ultime désir : « Que les peuples de la Méditerranée puissent être des témoins, pour le monde entier, d’une paix possible, celle qui part du cœur converti à l’évangile pour le bien de tous ». Puissent ces peuples poursuivre le chemin d’une paix durable, celle qui se construit pas à pas, grâce à un inlassable dialogue sincère et bienveillant.


P. Alexis Leproux 

Publié le 27 mai 2022

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