Congrès Mission

Congrès Mission

Chers amis,
Au terme de ce Congrès, j’aimerais ne pas vous laisser quitter Marseille sans vous remettre une petite boussole pour vous orienter sur les chemins de la mission. Cette boussole, comme toutes les boussoles, a quatre points cardinaux, qui sont comme quatre conseils que je voudrais vous partager pour qu’ils vous aident dans votre vie de disciples appelés à prendre part à la mission de l’Église.

Le premier conseil est celui-ci : attachez-vous au Christ ! C’est lui le Fils de Dieu, le Sauveur du monde. Vous l’avez gravé sur vos tee-shirt, inscrit sur vos sacs, et sur tout ce que vous ramènerez chez vous après ce week-end : c’est Jésus qui sauve ! Ne cherchez pas à sauver à sa place. Ne vous prenez pas pour des sauveurs ! Nous ne sommes que des serviteurs, et même des « serviteurs inutiles » (Lc 17, 10) ! Inutiles parce que Dieu, qui est tout puissant, n’a pas besoin de nous pour sauver le monde ; mais serviteurs, parce que Dieu, qui est tout puissant, a cependant voulu compter sur nous en nous confiant une mission, et en nous demandant, nous ses serviteurs, de devenir ses amis. « Je ne vous appelle plus serviteurs, a dit Jésus, je vous appelle mes amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande, et ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15).

Attachez-vous donc au Christ. Acceptez en vérité et avec humilité l’amitié qu’il vous offre. Et offrez-lui la vôtre, accordez-lui l’hospitalité de votre cœur. « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure ». Le premier missionnaire, c’est le Christ. La première mission, celle d’où tout découle, c’est la mission trinitaire du Fils de Dieu : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son propre Fils » (Jn 3, 16). Et ce Fils donné, ce Fils envoyé par le Père, a lui-même, pour accomplir sa mission, donné sa vie pour la multitude, afin que tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Soyez donc fidèles à la prière, pour vivre dans l’intimité avec le Christ. Il est l’hôte intérieur de vos cœurs. Avec les autres disciples, ceux de votre génération et ceux d’autres générations, soyez assidus à l’écoute de la Parole et à la fraction du pain. Joignez votre offrande à la sienne. Tout homme, toute femme sur cette terre, même s’il est votre ennemi, même s’il ne partage pas vos idées, même s’il n’a apparemment rien de commun avec vous, tout homme, toute femme est un frère, une sœur, pour qui le Christ est mort. Quand vous abordez quelqu’un, ne le faites pas dans un esprit conquérant, mais dans l’humilité de l’offre d’une amitié. En chaque homme et chaque femme que vous rencontrez, respectez le Christ, qui a donné sa vie pour tous et ne veut en perdre aucun. Attachez-vous à Lui. C’est Lui qui vous a choisis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure ! Et les fruits d’amertume ou de violence ne demeurent jamais ! Ce qui demeure, c’est la fraternité. L’auteur de l’épître aux Hébreux nous l’a rappelé tout à l’heure : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir la même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères. »

Le deuxième conseil, le deuxième point cardinal de cette boussole du missionnaire est celui-ci : apprenez à coopérer avec l’Esprit-Saint ! Quand les disciples écartent vivement les enfants que des gens présentaient à Jésus, celui-ci se fâche et leur dit : « Ne les empêchez pas ! » De même, un peu avant cet épisode, quand certains s’indignaient parce qu’ils avaient surpris quelqu’un en train expulser des démons au nom de Jésus alors qu’il ne faisait pas partie du groupe des disciples, Jésus leur avait dit : « Ne l’empêchez pas ! Qui n’est pas contre nous est pour nous. » Apprenez donc à coopérer avec l’Esprit. Lui, il souffle où il veut et nous ne savons ni d’où il vient, ni où il va ! Il nous précède en travaillant les cœurs de celles et ceux avec lesquels il nous aménage une rencontre. L’Esprit n’est pas assigné à résidence dans nos églises. Vous vous souvenez peut-être de ce beau geste du saint Pape Jean-Paul II, qui commençait chacun de ses voyages apostoliques en s’inclinant pour embrasser la terre du pays où il arrivait, comme pour signifier que l’Esprit avait déjà travaillé cette terre bien avant que les pas des premiers missionnaires n’en aient foulé le sol ! Cet Esprit, disait toujours Jean-Paul II dans sa grande encyclique sur la mission, Redemptoris missio (7 décembre 1990), cet Esprit « est présent et agissant non seulement dans les personnes, mais aussi dans les sociétés, dans les cultures, dans l’histoire et dans les religions » (28). L’Église n’a donc pas le monopole de l’Esprit. Mais elle, et elle seule, a reçu mission de coopérer avec lui. Ne vous essoufflez donc pas à vouloir souffler à la place de l’Esprit ! Apprenez plutôt à discerner les traces de son passage, à flairer sa présence dans des vies apparemment éloignées du Christ mais en réalité travaillées par lui. Apprenez à écouter l’Esprit, à suivre les conseils intérieurs qu’il donne à votre cœur. Trouvez en lui le courage de parler, à temps et à contretemps, sans vous soucier de ce que vous aurez à dire, car c’est lui qui vous donnera les mots pour le dire. Mais attention : ne confisquons pas l’Esprit ! Ne le rabaissons pas au petit niveau de notre orgueil. Ne faisons pas croire aux autres que l’Esprit soutient nos petites idéologies. Si nous faisons cela, nous risquons de pécher contre l’Esprit, et c’est ce qu’il y a de plus grave, nous a dit Jésus ! Gardons plutôt en mémoire quels sont les fruits de l’Esprit, tels que les décrit saint Paul dans l’épître aux Galates : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23).

Le troisième conseil est celui-ci : aimez l’Église ! Même si parfois, elle vous apparaît vieille et ridée, souvenez-vous qu’elle est notre mère à tous ! On ne peut pas aimer le Christ sans aimer son Église, car elle est son Corps. Les textes de la liturgie d’aujourd’hui nous ouvrent à ce mystère en induisant un parallèle : l’homme et la femme au livre de la Genèse ; le Christ et l’Église dans l’expérience des chrétiens. « Au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme », rappelle Jésus à ses interlocuteurs. Et il poursuit : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ». Saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, commentera ainsi ce passage :« Oui ce mystère est grand, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église » (Ep 5, 32). Aimez donc l’Église non pas parce qu’elle serait belle et sans défaut, mais parce que le Christ l’a prise pour Épouse et s’est lié à elle. Ève était née d’un sommeil mystérieux dans lequel Dieu avait plongé Adam. L’Église est née du sommeil de la mort, dans ce tombeau mystérieusement vide d’où le Christ, en se réveillant d’entre les morts, l’a entraînée avec Lui dans l’œuvre pascale du salut. Comme c’est à partir du côté d’Adam qu’Ève était venue à la vie, ainsi, c’est du côté ouvert du Christ crucifié que, avec l’eau et le sang, l’Église est venue à la vie. Et comme l’homme et la femme ne sont plus deux, mais une seule chair, comme le rappelle Jésus, ainsi le Christ offre-t-il à son Église, eucharistie après eucharistie, de communier à sa chair et à son sang, pour que peu à peu, elle vive de lui. Et saint Paul affirmera dans son action de grâces : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20) ! Aimer l’Église, c’est donc prendre part à son eucharistie. Aimer l’Église, c’est aussi être exigeant avec elle, pour qu’elle ne s’éloigne pas de sa mission. Aimez donc l’Église, sans refuser de voir ses péchés, mais en l’aidant à les confesser en vérité. Aimez l’Église, parce que malgré le paradoxe de ses faiblesses, le Christ a voulu l’associer à son Mystère.

Et enfin, le quatrième conseil est celui-ci : n’ayez pas peur d’être libres à cause de l’Évangile. Vous n’avez pas reçu un Esprit qui fait de vous des esclaves, mais des hommes et des femmes libres. Plus que jamais, le monde a besoin de cette liberté vraie, qui n’a rien à voir avec de fausses libertés, ni celle du libertinage, ni celle du refus de choisir pour préserver des options. Soyez des hommes et des femmes libres à cause de l’Évangile. Vous n’êtes pas des commerciaux d’une entreprise à faire réussir à la mode mondaine ! Vous êtes des missionnaires pauvres et humbles. D’or et d’argent, vous n’en avez pas. Mais ce que vous avez, le nom de Jésus, vaut bien plus que l’or et l’argent. C’est un trésor qui demande simplement, pour faire des merveilles dans nos vases d’argile, que nous y mettions tout notre cœur. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », dit le Seigneur (Mt 6, 21).

Soyez donc libres. Libres de dire oui et libres de dire non. Libres de choisir, libres d’accepter d’avoir été choisis par le Christ pour une mission qui vous dépasse et cependant vous requiert. Soyez libres de résister aux idéologies à la mode, même dans l’Église. L’Église n’est pas une multinationale dont on gèrerait depuis Paris la succursale pour la France ! À Marseille, on n’accepterait jamais cela ! Mais c’est plus profond : l’Église est locale, particulière, liée à un évêque qui assure la communion avec l’évêque de Rome. « Là où est l’évêque, là est l’Église », répétaient inlassablement nos pères dans la foi, depuis saint Ignace d’Antioche. Ne l’oublions pas, à l’époque où les réseaux sociaux pourraient nous induire en erreur ! Et pour bien résister, formez-vous, sérieusement. La foi n’est pas réductible à un sentiment, une émotion ni une sensibilité. Elle passe aussi par-là, mais elle doit également passer par la raison. « Soyez toujours prêts à rendre raison de l’espérance qui est en vous », conseillait saint Pierre aux premiers chrétiens (I P 3, 15). Faites à votre foi l’honneur de votre raison. Et donnez à votre raison les lumières de votre foi. Ainsi vous serez créatifs, inventifs. Ainsi vous apprendrez à mettre en cohérence votre vie et votre foi. Et ainsi vous progresserez sur le chemin de la sainteté.

Voilà, chers amis, les quatre petits conseils que je voulais vous donner au terme de ce Congrès Mission. Ici, dans cette cathédrale de Marseille dédiée à la Vierge Marie, Sainte-Marie-Majeure, je vous confie à la mère de Dieu. Et vous, confiez-lui vos vies. Partagez avec elle votre profond désir de suivre son Fils. Elle, mieux que quiconque, vous apprendra à vous attacher à lui, jusqu’au pied du calvaire. Elle, mieux que quiconque, vous aidera à coopérer avec l’Esprit, comme elle le fit à Cana et plus tard au Cénacle, avec les apôtres, au petit matin de Pentecôte. Elle, mieux que quiconque, saura vous aider à aimer tendrement l’Église, dont elle est la figure et la mère. Et elle, mieux que quiconque, vous apprendra à ne pas avoir peur, pas même du glaive qui transperça son âme, et elle vous aidera à être libres, libres de consentir à l’œuvre de Dieu en vous, elle qui avait dit à l’ange de l’Annonciation : « Que tout se passe pour moi selon ta Parole » (Lc 1, 38).

Amen !

+ Jean-Marc Aveline

Cathédrale de Marseille, 3 octobre 2021

Publié le 03 octobre 2021 dans

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