Je te salue comblée de grâces !

lourdes jma

Pour introduire l’édition 2026 du pèlerinage diocésain à  Lourdes, le cardinal Jean-Marc Aveline a écrit cet éditorial.

 

Chers amis,

Une nouvelle fois, nous voilà sur les routes de Lourdes pour vivre ensemble notre pèlerinage diocésain. Comme l’ange à l’Annonciation, nous pourrons y saluer l’Immaculée Conception en ces termes, retenus comme thème du pèlerinage cette année : « Je te salue, comblée de grâce » (Luc, 1, 28).

Par ces mots, Gabriel souligne une vérité fondamentale : c’est Dieu qui comble de grâces ses enfants. La grâce est un don gratuit, donné sans mesure et sans condition, quels que soient nos réussites ou nos échecs, nos faiblesses ou nos efforts, nos chutes ou nos relèvements. Saint Jean Cassien, que nous aimons tant à Marseille, l’expliquait ainsi : « En ce qui concerne la perfection des vertus nous ne pouvons rien faire par nous-mêmes sans son secours et sa grâce, et aussi croire sincèrement que le fait d’avoir mérité de comprendre cette vérité est déjà un don de Dieu. » Car « Dieu nous aime, non pas tels que nous font nos mérites, mais tels que nous deviendrons par sa grâce ». Cette perle du Concile d’Orange (529) fait écho à la pensée de Cassien mais surtout, à celle de saint Césaire d’Arles et de saint Augustin. Pour l’évêque d’Hippone, où le pape Léon vient de se rendre, le rôle de la grâce est de libérer la liberté de l’homme, abîmée par le péché, afin qu’elle puisse de nouveau profiter du soleil de Dieu. « La grâce guérit la volonté afin qu’elle puisse librement aimer la justice. » Sur ces mêmes terres d’Afrique du Nord, des siècles plus tard, Charles de Foucauld écrira : « On fait du bien, non dans la mesure de ce qu’on dit et de ce qu’on fait, mais dans la mesure de ce que l’on est, dans la mesure de la grâce qui accompagne nos actes, dans la mesure en laquelle Jésus vit en nous, dans la mesure en laquelle nos actes sont des actes de Jésus agissant en nous et par nous » (Directoire, ch. 28, 3).

Tout au long de notre pèlerinage, nous pourrons méditer ces phrases, en pensant à Augustin ou à Charles de Foucauld, dont les cheminements, bien chaotiques, ont été touchés par la grâce de Dieu à laquelle ils ont accepté, librement et résolument, de coopérer. Nous contemplerons également la petite Bernadette, pauvre, illettrée, à la santé si fragile et pourtant comblée d’une immense grâce, elle qui a été choisie par Dieu pour révéler au monde l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Comme Augustin, Charles ou Bernadette, il se peut que nos vies soient elles aussi cabossées, marquées par la souffrance ou le handicap, ou encore rongées par des addictions. Mystérieusement, c’est là que Dieu vient nous rejoindre, dans « cette ouverture qui fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invisible arrière-pensée, une amertume secrète, un effondrement, perpétuellement masqué, une cicatrice éternellement mal fermée » (Charles Péguy, Note conjointe sur la philosophie de M. Descartes, 1914). La grâce de Dieu agit au cœur même de notre pauvreté, de nos blessures et de nos fragilités. La grâce de Dieu, c’est le don de la vie ; et la vie, c’est le temps que Dieu nous donne pour apprendre à accueillir sa grâce, à coopérer avec elle et à nous laisser transformer par elle. Sur ce chemin, la Vierge Marie, « comblée de grâce », marche avec nous. Comme à Bernadette à qui elle demanda de boire à la fontaine et de s’y laver, elle nous indique la source à laquelle nous pouvons nous aussi, comme l’écrivait encore Péguy, « mouiller à la grâce ».

Chers amis, n’ayons pas peur de venir à Lourdes tels que nous sommes, sûrs de la grâce de Dieu qui nous console, nous guérit, nous relève et nous envoie, car il n’y a pas de grâce sans mission. Je vous souhaite un bon pèlerinage, comblé de grâces !

+ Cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille

 

Publié le 15 mai 2026 dans

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