D’où vient la fête de la Toussaint ?
La fête de la Toussaint est l’un des grands moments de l’année liturgique. Fêtée le 1er novembre et comme son nom l’indique, elle est la fête de tous les saints. L’Eglise honore particulièrement ce jour-là la foule innombrable de ceux et celles qui ont été de vivants et lumineux témoins du Christ. Explications avec le frère Antoine Odendall, dominicain, responsable du Service diocésain de la liturgie.
Tout part des martyrs. Dès le IIe siècle, les communautés se rassemblent sur leurs tombes. On garde le nom, le jour, le lieu. C’est le dies natalis : le jour de la mort au monde est le jour de la naissance au ciel. Très vite, les martyrs sont trop nombreux pour le calendrier. On les fête donc ensemble. L’Orient chrétien invente une fête commune, le dimanche après la Pentecôte, elle s’y trouve encore dans la liturgie byzantine.
À Rome, en 609, le pape Boniface IV obtient de l’empereur le Panthéon d’Agrippa. Ce temple était dédié à tous les dieux. Il le consacre à Sainte-Marie-et-des-martyrs. Le temple de tous les dieux devient l’église de tous les saints. La dédicace se fait un 13 mai : ce sera longtemps la date romaine de la fête.
La date du 1er novembre, elle, est attachée au pape Grégoire III (731-741), qui dédie une chapelle de Saint-Pierre à tous les saints. En 835, l’empereur Louis le Pieux, sur le conseil du pape Grégoire IV, la fixe au 1er novembre pour tout l’empire.
On pourrait croire qu’à la Toussaint nous fêtons d’un coup tous les saints du calendrier, que nous retrouvons notre saint patron ou nos saints favoris. C’est l’inverse — et c’est ce qui est beau. Cette fête ouvre un créneau pour les saints qui ne sont pas au calendrier, mais qui sont bel et bien au ciel. Car le but de la vie chrétienne, ce n’est pas d’avoir son nom associé à une date. C’est de rejoindre Dieu dans l’intimité de sa vie divine, de le contempler, de laisser sa Lumière nous envahir, et de rayonner au ciel et pour la terre. C’est aussi d’intercéder pour ceux qui sont encore en chemin.
Voilà ce que font les saints au ciel. Et la plupart sont inconnus au bataillon. Pourtant la Toussaint n’est pas la tombe du soldat inconnu. On ne se recueille pas tristement sur les morts que l’on ne connait pas. On fête la plénitude de la vie ! On se réjouit de la bonne nouvelle de l’Apocalypse : une multitude de sauvés que nul ne peut dénombrer ni nommer entièrement — à part Dieu seul, qui connaît chaque saint par son nom.
Fêter la Toussaint, c’est regarder les saints depuis le regard de Dieu : voir en un instant tout le ciel, et se réjouir de la joie de tous ceux qui l’habitent. C’est enfin une fête du possible. La sainteté nous est proposée. Les Béatitudes sont proclamées ce jour-là. Elles ne dressent pas un palmarès de héros. Elles tracent un chemin ouvert à tous
Antoine Odendall, dominicain, responsable du Service diocésain de la liturgie
Crédit photo ED
A retrouver dans le numéro d’octobre 2026 de la revue Eglise à Marseille
Publié le 26 octobre 2026 dans A la une
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