Groupe Raphaël : une main tendue aux jeunes migrants

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Un jour, à un feu rouge, un jeune afghan est venu me demander une pièce et, tout d’un coup, j’ai été bouleversée car j’ai vu mon fils à sa place et je l’ai imaginé, dans un pays inconnu, débarqué là après un périple aux multiples traumatismes, comprenant mal la langue et les codes du lieu.

Pour Véronique, l’aventure Raphaël (qui n’existait pas encore) a commencé ainsi. Pour Jean-Louis, elle a démarré quand il a réalisé que le jeune prêtre africain de sa paroisse bourguignonne ne pouvait pas rester en France malgré les nombreux services rendus dans le pays où il était venu finir ses études. Pour le père Steves Babooram, recteur du sanctuaire de Saint-Ferréol, elle est née quand il a dû faire face à l’occupation de l’église par des jeunes migrants, moins de trois mois après son arrivée dans les lieux, en novembre 2017 : «J’ai perçu à travers ces événements un appel à être présent dans ce monde de souffrances et de solidarité auprès des MNA( Mineurs Non Accompagnés) »  Après avoir géré la situation de crise, il a rassemblé autour de lui une dizaine de personnes pour constituer un groupe de réflexion et de discernement en vue d’une action solidaire auprès des MNA. Il a fallu près de neuf mois de réflexion et de discernement pour définir la mission du groupe: favoriser l’intégration de jeunes migrants isolés par un accompagnement de proximité bienveillant. Et le nom du groupe a été choisi: Raphaël, comme l’ange qui a accompagné Tobie dans sa quête semée d’obstacles et de joies.

Une présence auprès des jeunes

Si les carences dans la prise en charge des MNA existaient déjà, l’équipe ne s’est pas sentie armée pour y remédier: elle a choisi de se pencher sur les jeunes déjà abrités dans des associations, donc logés, intégrés dans un parcours éducatif, suivis par des éducateurs avec compétences et professionnalisme. Mais les éducateurs nous ont dit manquer de temps pour le suivi scolaire, les sorties ludiques ou culturelles, les discussions à bâtons rompus, la réponse rapide au message de mal-être… Les aides proposées pour pallier cela (par exemple les cours de français) existent à Marseille mais se déploient souvent à des horaires inaccessibles à ces jeunes qui ont de longues journées entre leurs cours et leurs apprentissages. Il s’agissait de «boucher les trous dans la raquette» en synergie avec les aides existantes sans les concurrencer.

Le patronage biblique de Raphaël est un guide mais nous n’avons évidemment pas la prétention de faire les miracles accomplis par l’archange, juste multiplier les signes d’une présence active et valorisante: initier les jeunes à la pétanque, jouer aux dames, aller se promener dans les calanques, prendre le temps d’écouter et de discuter, monter à Notre Dame de la garde, consulter son réseau pour trouver un stage d’alternance, etc.  

« Être des tuteurs de résilience »

La demande la plus courante des jeunes quand l’accompagnement démarre est une aide aux devoirs et/ou un soutien dans l’apprentissage du français. Une grosse moitié des jeunes n’ont jamais été scolarisés dans leurs pays d’origine; ils ont été initiés en quelques mois à la lecture, l’écriture et au calcul à leur arrivée en France puis, leur majorité approchant, ils ont été inscrits dans des formations qualifiantes dans des métiers où l’offre d’embauche n’est pas satisfaite. Comme le disait Magali, un peu désemparée par la lenteur des progrès en français d’Aliu, pourtant très motivé: «il y a un gouffre entre le niveau qu’ils ont et celui qui leur serait nécessaire pour suivre leurs cours».  Si nous avons recours à des méthodes mises en place par des professionnels de l’apprentissage des langues aux primo-arrivants (et généreusement mises à disposition sur internet), nous nous souvenons que nous ne sommes pas les dits professionnels et nous essayons d’échapper à la tentation d’obtenir des résultats quantifiables. Nous gardons en tête que, comme nous rappelait une psychologue : « Le cerveau encode toute réussite même minime dans n’importe quel domaine et l’appliquera dans tous les domaines» et que «nous pouvons être des tuteurs de résilience pour les jeunes en développant chez eux la confiance en soi, la confiance en l’autre et la capacité à être en liens». Alors nous agissons humblement: assurer une présence régulière et bienveillante, valoriser le moindre petit progrès, écouter avec patience sans juger ni poser de questions intrusives, admirer la capacité à se concentrer quand tant de soucis encombrent le cerveau, cultiver la conviction que chacun est capable d’apporter ses richesses à notre société et d’en prendre soin.

Les bienfaits d’un accompagnement

Les difficultés ne manquent pas mais tous ceux qui ont expérimenté ces accompagnements en témoignent:  ils y ont récolté beaucoup de joie, joie pour les jeunes migrants bien sûr et joie pour eux, une joie contagieuse dans leurs familles et autour d’eux. «Une belle et concrète application du service qui a déplacé notre Gabriel. Tous, nous avons bénéficié de sa joie au retour» dit une mère de scout après une journée de rencontre entre scouts et migrants où soutien scolaire, pique-nique, jeux et djembé endiablé s’étaient enchaînés en multipliant « les sourires jusqu’aux oreilles ». Les jeunes accompagnés témoignent des bienfaits des moments simples partagés : « Pendant l’heure et demie que je passe à travailler avec Florence, j’oublie mes soucis » dit Ismaïl. «  Tu es la seule à qui je fais plaisir en annonçant ma réussite au CAP » dit Djibril. « Lionel m’a emmené en vacances, il m’a fait balader dans les calanques, il est venu avec moi rencontrer mon professeur principal. Je sais que je compte pour lui » dit Mohamed. Et Seydou, lui, habitué à avoir cours le samedi matin en duo, s’émerveille de ce que la fille de la maison ait pris le temps de lui expliquer les équations du second degré sur la table de la cuisine pendant que sa mère aidait Hassan pour le code de la route.

Un travail d’équipe

Il a fallu du temps pour que les associations qui prennent en charge les MNA avec mandat du département nous fassent confiance. Aujourd’hui il y a une trentaine de jeunes accompagnés qui peuvent compter sur la présence d’un accompagnant au moins une fois par semaine. Tous les accompagnants forment une équipe avec deux animateurs dédiés qui ont un souci constant d’être à leur écoute, de leur proposer des groupes de parole où partager joies et difficultés, de mettre en place des formations.

Certains membres du groupe Raphaël animent un pôle ludique et culturel, en lien avec d’autres associations comme JRS, ATD Quart Monde ou le Secours Catholique. Par exemple, un grand jeu à distance par équipes a été proposé pendant le deuxième confinement : les vidéos des jeunes essayant d’imiter les pompes des pompiers au rythme de Bring Sally Up ou tentant de remporter le challenge du meilleur rap ont suscité notre admiration! Pour fêter le printemps 2021, une grande ballade a été organisée dans les calanques avec mini initiation à l’escalade et déjeuner animé par la présentation de son héros préféré. 

D’autres animateurs avec des référents volontaires essaient de faciliter l’établissement de CV, la rédaction de lettres de motivation, la recherche de stages ou d’emplois. D’autres encore veillent aux soucis matériels de salles, de clés, de documents à mettre à disposition.

Toutes nos actions se font sous l’égide du Secours catholique et en lien avec de nombreuses institutions civiles ou confessionnelles: certains d’entre nous ont la mission d’établir et de faire vivre ces passerelles. Cela est indispensable parce que seuls, nous ne pouvons rien faire mais aussi parce que cela nous permet de nous réjouir de tout ce qui existe autour de nous.

Nous avons engagé une réflexion sur l’avenir de notre groupe en tenant compte des éléments suivants :

  • les éducateurs nous signalent de nombreux jeunes en attente d’un accompagnement Raphaël.
  • le département a sollicité les chrétiens de Marseille pour que les MNA n’aient plus à connaître les traumatismes de la rue qui se rajoutent à ceux qu’ils ont connus dans leur chemins d’exil
  • les jeunes, une fois pris en charge,  restent de longs mois désœuvrés avant de démarrer une formation.
  • les jeunes commençant leur vie professionnelle angoissent de se retrouver lâchés sans filet après avoir connu la sécurité d’être suivis pas à pas.

Quelle piste privilégier ? Avec quels moyens humains et matériels ?

Nous rendons grâce à Dieu pour toutes les joies reçues, nous lui confions nos interrogations et nos peines, en union de prière avec vous qui avez eu la patience de nous lire.

NB : tous les noms de personnes qui ne sont pas des animateurs du groupe Raphaël ont été changés.


Contact : Église Saint-Ferréol

 

Publié le 09 mars 2022

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