Homélie de l’ordination épiscopale de Mgr Christian Delarbre

delabre

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »

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Cher Christian, chers amis, c’est vrai qu’aujourd’hui, la joie est palpable, dans cette cathédrale et au dehors. Une joie profonde et recueillie, qui vient de loin ! On m’a dit qu’il n’y a pas eu d’ordination épiscopale dans le diocèse d’Aix et Arles depuis plus d’un siècle. C’est dire, cher Christian, tout ce qui, aujourd’hui, se pose sur tes épaules et se dépose dans ton cœur, avant que ne t’imposent les mains tous les évêques ici présents, appelant sur toi les dons de l’Esprit Saint pour ton nouveau ministère. Oui, ce jour que fit le Seigneur est pour nous tous un jour de joie !

Mais il nous faut laisser le Seigneur dilater notre cœur aux dimensions de sa joie : « je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous ». Et quelle est la joie du Seigneur ? Sa joie, c’est de nous avoir aimés et de nous aimer toujours comme lui-même avait fait l’expérience de l’amour dont le Père l’aimait : « comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Une joie qui trouve sa source dans l’amour trinitaire, principe et fin de toute vie. Une joie qui provient d’un don surpassant tous les dons, un don qui n’est pas seulement un don de Dieu, mais qui est Dieu, se donnant lui-même. O admirable mystère ! O interminata caritas, selon ta belle devise, cher Christian !

La joie du Seigneur, c’est que nous demeurions dans cet amour, en gardant les commandements de son Père et en nous aimant les uns les autres, comme Il nous a aimés. La joie du Seigneur, c’est que nous lui fassions confiance, comme lui a fait confiance à son Père, jusqu’au bout, même quand Celui-ci semblait l’avoir abandonné. La joie du Seigneur, c’est que nous acceptions de devenir ses amis, dans le simple partage des espoirs et des inquiétudes qui, dans notre condition humaine, tisse nos liens d’amitié. Tu le sais bien Église d’Aix et Arles, toi qui as accueilli sur tes rivages les saintes femmes de Béthanie, ce lieu où Jésus aimait se rendre pour goûter lui-même l’amitié toute simple des gens du peuple.

Je sais, cher Christian, le zèle avec lequel, dès cet été, tu as entrepris de sillonner le diocèse, ce beau diocèse si riche et si varié que le Pape confie à ta sollicitude pastorale, afin de rencontrer les personnes, d’apprendre à leur écoute, d’accueillir en ton cœur tout ce qui fait la vie de tes diocésains. Continue ! Les chaussures de marche qui avaient été offertes à ton prédécesseur, Mgr Dufour, que je salue avec respect et remercie avec affection, n’étaient pas seulement un clin d’œil à son goût pour la randonnée, elles traduisaient un appel venant du peuple, pour que l’évêque fasse route avec lui, en se tenant, comme le suggère le Pape François, parfois devant, pour montrer la voie ; le plus souvent au milieu, pour discerner avec le peuple, synodalement, quels sont les chemins à suivre ; et parfois derrière, non seulement pour ne laisser personne être distancé par le troupeau, mais aussi pour bénéficier du flair des fidèles, lorsqu’il faut repérer quelques raccourcis ou contourner quelques passages dangereux.

C’est ainsi que nous, tes frères évêques, et notamment ceux de notre belle Province ecclésiastique, qui t’avons déjà accueilli avec grande joie lors de notre récollection à Marseille lundi dernier, nous nous efforçons, avec la grâce de Dieu, de mettre en pratique les conseils de la première lettre de saint Pierre : « Soyez les pasteurs du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous ; veillez sur lui, non par contrainte, mais de plein gré […], non par cupidité, mais par dévouement, non pas en commandant en maîtres […], mais en devenant les modèles du troupeau ». Et nous devons nous aider mutuellement pour vivre cette immense mission !

Tout à l’heure, dans le bel échange liturgique que nous aurons pour que tu puisses exprimer ton engagement, je te demanderai si tu acceptes la charge qui t’est confiée. Peut-être, dans ton cœur, penseras-tu encore une fois aux hésitations de Moïse évoquées tout à l’heure au Livre des Nombres : « Pourquoi [Seigneur] traiter si mal ton serviteur [en lui imposant] le fardeau de tout ce peuple ? […] C’est trop lourd pour moi ! » Peut-être te souviendras-tu, en un éclair, de la réponse du Seigneur, demandant à Moïse de lui présenter soixante-dix anciens parmi les hommes d’Israël, et lui promettant qu’« ils porteront avec [lui] le fardeau de ce peuple, [et qu’il] ne sera plus seul à le porter ». Alors peut-être, toujours en un éclair, te tardera-t-il d’avoir en mémoire les visages de tous les prêtres de ce diocèse, ceux que tu as déjà rencontrés et ceux que tu rencontreras bientôt, ces prêtres qui sont déjà tes frères et deviendront tes premiers collaborateurs, et aussi les visages de tous les diacres permanents, qui t’aideront à mettre en pratique la charité de ta devise, et encore les visages de tous les hommes et femmes consacrés dans ce diocèse, que tu devras écouter avec soin, car ils sont comme les sentinelles du Royaume sur la route de l’Église ! Et puis peut-être sentiras-tu brûler déjà en toi la foi et le zèle missionnaire de ce peuple que tu vas servir, ce peuple de Dieu, ce saint peuple de Dieu, dont je peux te dire, cher Christian, qu’il t’attend et que déjà, sensible aux si beaux messages que tu lui as adressés, il t’a adopté ! Alors, quand je te demanderai si tu acceptes cette charge, tu me répondras, du moins nous l’espérons, avec cette formule si belle et si grave à la fois : « Oui, j’accepte cette charge au service du peuple de Dieu et je m’engage à la remplir jusqu’à la mort, avec la grâce de l’Esprit Saint. »

Frères et sœurs, prions pour notre frère Christian. Avec lui, laissons les paroles de Jésus nous rejoindre sur notre chemin de vie, quel qu’il soit et où que nous en soyons : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. […] Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. »

Voilà notre programme, frères et sœurs. Tout baptisé est appelé à la sainteté en acceptant d’accueillir dans sa vie l’amitié du Christ. L’ordination de votre évêque nous stimule tous dans la réponse à l’appel de Dieu que chacun a reçu en propre, dans la diversité de nos vocations et de nos états de vie. Dans toute existence humaine, il y a de très nombreuses choses que l’on n’a pas choisies : à commencer par notre naissance, dans tel lieu, à telle époque, dans telles conditions, et bien d’autres choses encore, notamment la santé. Et puis, lorsque nous avons rencontré le Christ, une rencontre qui toujours a été personnelle, comme un ami qui nous proposait son amitié, nous avons compris que c’est lui qui nous avait choisis, en frappant patiemment à la porte de notre cœur. Et un jour, dans les méandres de nos complexités, surmontant nos peurs ou nos hésitations, nous avons choisi, dans un acte de foi qui est aussi un acte d’espérance, d’accepter d’avoir été choisis, pour apporter notre petite contribution, petite, mais unique, à la mission de l’Église, à la construction du Royaume, à l’œuvre immense du salut, non pas à cause de nos mérites, mais par pure grâce, par un amour si grand, si infini, qu’il ne cesse de vouloir s’exprimer par les vases d’argile de notre charité, o interminata caritas !

Ce qui arrive à notre frère Christian s’inscrit donc dans la même dynamique que celle de la vocation de chaque baptisé. D’ailleurs, paraphrasant saint Augustin, il vous l’a dit lui-même, dans l’un de ses messages : « j’aurai, pour vous tous, la joie d’être évêque, et, avec vous tous, la joie d’être chrétien ». Permettez-moi de terminer par deux petits conseils que je voudrais donner à votre évêque. Voici le premier : vérifie régulièrement que les temps les plus importants de ton ministère sont ceux que tu passes au pied du Tabernacle et auprès de ton peuple. Ton bureau ne doit être qu’une escale entre les deux ! Voici le deuxième : tu es archevêque pour tous les habitants de ce diocèse, pas seulement les catholiques. Ne te laisse donc pas enfermer dans les soucis internes à l’Église mais écoute avec attention les aspirations de notre société, notamment la clameur des plus pauvres. Car c’est en te mettant, à la suite du Maître, au service des pauvres, que tu comprendras vraiment où est la source de sa joie, lui qui, « de riche qu’il était, s’est fait pauvre, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (II Co 8, 9). Alors tu pourras goûter en vérité à la joie qu’il nous promet : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline
Cathédrale d’Aix-en-Provence, dimanche 2 octobre 2022

 

 

Publié le 05 octobre 2022 dans

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