Homélie et messe à Saint-Paul-hors-les-Murs

Saint-Paul-hors-les-Murs

Samedi 27 août 2022

 

 

À la fin du passage de la lettre de saint Paul aux Corinthiens, qui nous a été lu tout à l’heure, l’apôtre écrivait : « celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur ». Et cette petite phrase résume bien, me semble-t-il, toute l’expérience spirituelle que Paul a vécue depuis qu’un jour, sur le chemin de Damas, il avait rencontré le Christ.

Être fier, Paul savait le faire. Non pas orgueilleux, car l’orgueil se nourrit du mépris des autres. Mais fier au bon sens du terme, comme nous, on est fiers d’être marseillais ! Être fier, pour Paul, c’était être bien conscient de ses racines (hébreu fils d’hébreu), être soucieux de faire respecter ses droits de citoyen romain, et ne jamais hésiter à faire fructifier tous les talents qu’il avait reçus (il savait travailler de ses mains, il était courageux, zélé, observant rigoureux de la Loi de Moïse, irréprochable à bien des égards).

Mais voilà : la lumière soudaine et aveuglante qui l’avait fait tomber du cheval de sa superbe alors qu’il se rendait à Damas pour y persécuter les adeptes d’un certain Jésus, cette lumière inconnue avait tout bouleversé dans sa vie. Le Christ, ce Jésus qui s’identifiait avec ceux que Paul persécutait, l’avait rejoint, renversé, remué au plus profond de lui-même. Ananie l’avait recueilli chez lui à Damas et peu à peu, sous la conduite de l’Esprit, Paul avait compris que le Seigneur lui avait fait miséricorde et qu’il l’appelait pour lui confier une grande mission : annoncer l’Évangile aux nations païennes, leur dire qu’elles ont part, comme les Juifs, à l’héritage promis. Et Paul, du plus profond de son cœur bouleversé, accepta l’inouïe confiance que Jésus lui faisait. Il accepta d’être accepté, lui qui se découvrait inacceptable. Plus encore, il comprit que tout ce qui faisait sa fierté (ses origines, sa citoyenneté, son zèle religieux), tout cela, il devait le considérer comme rien car il avait trouvé beaucoup mieux, il avait trouvé le Christ, son unique trésor. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », avait dit le Seigneur. Désormais, Paul en fera l’expérience chaque jour de sa vie et il osera même affirmer : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. »

« Miserando atque eligendo » : c’est la devise du Pape François, qui nous invite à ne pas oublier que Jésus n’est « pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». Saint Paul ne cessera de l’expliquer aux communautés qu’il fonde, de ville en ville, sur les rivages de la Méditerranée. Aux chrétiens de Corinthe, comme on l’a entendu, il écrit : « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi, aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. »

Chers amis, ces paroles de saint Paul résonnent de façon tout à fait particulière pour nous ce matin, nous qui avons la grâce de prier dans cette basilique qui lui est dédiée, non loin du lieu où, selon la tradition, il fut décapité. Génération après génération, la foi des chrétiens fit édifier ici un oratoire, puis une chapelle, puis une basilique, qu’un incendie détruisit presqu’entièrement dans la nuit du 15 au 16 juillet 1823. On reconstruisit et Pie IX consacra l’édifice où nous nous trouvons, le 10 décembre 1854. Mais ne nous laissons pas impressionner par la magnificence et l’éclat du lieu : mieux que quiconque, saint Paul, dans l’Esprit Saint, avait entrevu le grand mystère de l’humilité de Dieu, cette humilité qui procède de la miséricorde du Père et se révèle dans la kénose du Fils. Mieux que quiconque, saint Paul avait compris que le chemin du disciple consiste à suivre le Christ sur son chemin de croix, en consentant peu à peu à tout abandonner pour lui, à se laisser simplifier par lui, à se laisser conduire par son Esprit, où qu’il nous envoie, dût-on y laisser sa vie, parce que désormais, notre vie est à lui.

Chers amis, je suis ému de vous dire cela à quelques heures de la célébration où le Pape, en m’adjoignant au collège des cardinaux, m’invitera à prendre résolument avec Jésus le chemin de Jérusalem, le chemin de la Passion, comme l’habit rouge le signifie, pour servir de plus près la mission de l’Église, sur les lignes de fracture de l’humanité, avec pour seul trésor l’amour miséricordieux du Père et l’amitié personnelle avec le Christ, qui est présent et agissant par son Esprit dans tout le saint peuple de Dieu, bien au-delà des frontières visibles de l’Église. Le 29 septembre 1963, lors de sa première allocution aux évêques du concile Vatican II, le Pape Paul VI avait évoqué la mosaïque du Christ Pantocrator de Saint-Paul-hors-les-Murs, invitant les évêques à remarquer le Pape Honorius III, « représenté en adoration devant le Christ, de petite stature et prostré à terre pour baiser les pieds du Christ qui, grandiose, préside l’assemblée réunie dans la basilique, c’est-à-dire l’Église ». C’est ainsi que doit être l’Église, humble aux pieds de son Seigneur, apprenant de lui, de génération en génération, à laver les pieds de ses frères en humanité. Sans Lui, elle ne peut rien faire. Le bienheureux Pierre Claverie, mon frère aîné dans l’épiscopat sur cette belle terre d’Algérie, l’a vécu jusqu’au bout.

Permettez-moi, pour terminer, de rester en Algérie et d’évoquer sainte Monique, que nous fêtons aujourd’hui. Elle était née à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras, en 332, et c’est là aussi qu’est né Augustin, le 13 novembre 354. Et comment ne pas vous dire que c’est aussi là qu’est né mon père, le 20 mai 1934 ! Monique désirait fortement que son fils découvre le Christ. Elle priait, elle pleurait, elle s’occupait de son petit-fils Adéodat, mais rien n’y faisait ! Jusqu’à ce qu’Ambroise, l’évêque de Milan, jouant un peu le rôle qu’Ananie avait tenu pour saint Paul, fasse tomber des yeux d’Augustin les dernières écailles que les pleurs de sa mère avaient déjà fissurées. Comme saint Paul, mais autrement que lui, Augustin dut accepter de tomber du cheval de sa superbe intellectuelle et reconnaître l’humilité de Dieu, celle du Verbe qui s’est fait l’un de nous et qui par sa faiblesse a désarmé notre orgueil. Racontant, quelques années plus tard, les hésitations de sa conversion, Augustin écrira : « C’est que mon enflure refusait sa modestie. […] Dédaigneusement, je refusais d’être petit, et, gonflé de morgue, je me voyais grand » (Confessions III, 5 [9]). Je compte sur vous pour m’aider, comme cardinal, à ne jamais me voir grand, mais à rester petit, aux pieds du Christ.

Que saint Paul, sainte Monique, saint Augustin, saint Paul VI, le bienheureux Pierre Claverie et tous les martyrs d’Algérie nous aident à mettre en Dieu notre espérance, envers et contre tout, à accueillir sa miséricorde qui chaque fois nous relève, et à témoigner, jusqu’au bout, de son amour infini pour chacun de nos frères. « Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur ! »

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

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Publié le 27 août 2022

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