Ordination de M. Alain Appia au diaconat permanent

Église des Chartreux

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28).

Dans cette phrase que Jésus a prononcée et que nous venons d’entendre se trouve le sens profond de ce que nous célébrons ce soir, chers amis, à savoir l’ordination de M. Alain Appia au diaconat permanent. Jésus a dit cela parce que, juste avant, la mère de deux de ses disciples, Jacques et Jean, fils de Zébédée, avait essayé de placer ses deux fils aux meilleures places, en demandant à Jésus : « Dis que ceux-ci, mes deux fils, s’assoient, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume » (20, 21). Elle ne manquait pas d’audace, la Maman ! Peut-être Jésus en a-t-il souri, parce que c’est bien normal que les parents veuillent le meilleur pour leurs enfants ! Peut-être Jacques et Jean en ont-ils été gênés, car ils n’étaient plus des enfants et que leur mère leur mettait la honte en s’occupant de ce qui ne la regardait pas ! Et d’ailleurs, saint Matthieu précise que les dix autres disciples, en entendant la requête de la mère de leurs collègues, s’étaient indignés contre eux (cf. 20, 24).

Mais Jésus saisit cette occasion, comme il le fait souvent, pour dire quelque chose d’essentiel, qui ne concerne pas seulement Jacques et Jean, mais tous les apôtres et même toute l’Église qui sera fondée sur eux et dont nous faisons partie. Il sait comment ça marche dans la vie : « les chefs des nations les commandent en maîtres et les grands font sentir leur pouvoir » (20, 25). C’est comme ça que fonctionne le monde. Eh bien, dit-il, parmi vous, « il ne devra pas en être ainsi » (20, 26). La formulation en grec est très radicale et on pourrait traduire : qu’il n’en soit jamais ainsi parmi vous ; qui veut devenir grand, qu’il soit serviteur ; qui veut être le premier, qu’il soit l’esclave, c’est-à-dire le dernier de tous.

En disant cela, Jésus sait qu’il a peu de chances d’être vraiment obéi, si chacun n’opère pas une sérieuse et coûteuse conversion. Car personne n’a envie d’aller se mettre à la dernière place, la moins considérée, la plus abjecte, la plus soumise aux humeurs des autres. Personne ! À moins de se laisser profondément convertir par la grâce et d’y mettre ensuite toute sa libre volonté. Et cette nouvelle volonté, libérée par la grâce de ses trop mondaines aspirations, [cette nouvelle volonté] ne se développe en nous que lentement, dès lors que nous contemplons le Christ et que nous cherchons simplement à l’imiter. C’est la seule justification, la seule raison que donne Jésus à cet ordre qui bouscule les disciples et renvoie la mère de Jacques et Jean à ses illusoires et insolentes prétentions. S’il ose demander aux disciples cette attitude, totalement inverse aux tendances du monde, c’est parce que, pour accomplir la mission que le Père lui avait confiée, le Fils de l’homme a choisi la condition de serviteur. Faites « comme le Fils de l’homme [osper o uios tou anthropou] : il n’est pas venu pour être servi mais pour servir » et servir, pour lui, ce fut « donner sa vie en rançon pour la multitude » (20, 28).

Cher Alain, le ministère de diacre, que tu reçois aujourd’hui, est pour toute notre Église un rappel exigeant de ce commandement du Christ, le commandement du service. Par ton ministère, tu rappelleras à l’Église de Marseille que sa mission est de servir, d’être au service de la relation d’amour de Dieu pour le monde. Comme le dit saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son propre Fils » (Jn 3, 16). À cause de cela, l’Église n’a pas son centre de gravité en elle-même, comme si elle était autosuffisante. Chaque fois qu’elle le croit, elle se trompe ! Son centre de gravité n’est même pas dans la relation douillette qu’elle entretiendrait avec Dieu, comme si elle avait le monopole de la bonté ou de la générosité. Car nous savons tous, et tu le sais bien particulièrement, cher Alain, qu’il n’y a pas besoin d’être chrétien pour être généreux et faire de belles choses pour les autres, et qu’on pourrait parfois souhaiter que les chrétiens soient un peu plus attentifs aux plus pauvres. Joséphine et toi, vous en savez quelque chose, quand il a fallu quitter la Côte d’Ivoire et s’installer à Marseille, trouver du travail, un logement, rester dignes et libres malgré toutes les contraintes et toutes les vicissitudes. Non, le centre de gravité de l’Église n’est ni en elle-même, ni dans sa relation à Dieu, mais dans sa mission de service de la relation entre Dieu et le monde. Voilà ce qui la décentre d’elle-même et qui change tout, à condition, bien sûr, qu’elle le vive vraiment !

Comme je suis heureux, cher Alain, de pouvoir te compter, comme tous les diacres, comme l’un de mes plus proches coopérateurs, pour aider l’Église à bien vivre sa mission ! Comme je suis heureux que l’Église de Marseille puisse bénéficier de ton expérience, de ton témoignage professionnel à la SNEF, et de votre témoignage familial, dans le sacrement du mariage et avec vos chers enfants, Guy-Patrice, Grâce-Élisabeth et Christ-Emmanuel. Merci infiniment à vous d’avoir accepté que votre père devienne diacre ! Et merci de l’encourager sur ce chemin ! Comment ne pas penser aussi à vos familles, à ton Papa et à ton cousin, cher Alain, décédés l’année dernière ; et aussi à ta Maman, longuement handicapée à la suite d’un AVC ? Comment ne pas penser à ta Maman, chère Joséphine, qui aurait aimé venir, mais qui a perdu l’un de ses fils, Maxime, ton petit frère, il y a juste quelques jours ? Et comment ne pas rendre grâces à Dieu avec vous, pour cette nouvelle famille qu’il vous a donnée à Marseille, tout spécialement dans cette belle paroisse des Chartreux ? En Côte d’Ivoire, cher Alain, tu participais à une Communauté ecclésiale de base, et ce fut le début de ton goût pour le service, encouragé par ta Maman, qui ne cherchait pas pour toi les honneurs de la première place, comme la mère des fils de Zébédée, mais bien plutôt le bonheur dans l’honnêteté, la dignité et la liberté. Et voici qu’aujourd’hui, c’est cet engagement baptismal, enrichi par le sacrement du mariage, qui te conduit à recevoir le sacrement de l’ordre en devenant diacre permanent.

En communion avec l’évêque, le presbyterium et les autres diacres, chaque diacre reçoit la charge ministérielle de la Parole, de la Liturgie et de la Charité. Il accomplit à la manière du Christ Serviteur, auquel il est configuré sacramentellement, la mission qui lui est confiée par l’évêque. L’esprit de service et de charité doit imprégner toute sa vie, notamment pour être attentif aux besoins des plus pauvres. Je sais que je peux compter sur toi pour cela, cher Alain, et je t’en remercie ! N’aie pas peur d’alerter l’Église lorsque les pauvres ne sont pas servis ! Par tes prédications et surtout par toute ta vie, insuffle dans le peuple de Dieu une spiritualité de service, basée sur la contemplation du Christ Serviteur. N’aie pas peur de secouer l’Église, ta communauté des Chartreux et aussi le diocèse, comme le petit Jésus avait secoué Marie, tressaillant dans son ventre pour l’aider à proclamer son Magnificat qui avait déjà une allure diaconiale : « le Seigneur s’est penché sur son humble servante ; […] il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles, il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1, 48-53) !

Permets-moi, pour finir, de te donner un petit conseil. Près de l’Église des Chartreux se trouvait autrefois la communauté des Pères Blancs, Missionnaires d’Afrique. À plusieurs reprises, lors de ses nombreux passages à Marseille, Charles de Foucauld a séjourné dans leur maison. Et il venait prier dans cette église des Chartreux. Tu ne peux pas trouver meilleur guide que lui pour t’aider à comprendre le commandement que Jésus donnait à ses disciples : « celui qui veut être le plus grand, qu’il soit votre serviteur ; celui qui veut être le premier, qu’il soit votre esclave, à la dernière place ». Toute la vie de Charles de Foucauld avait été transformée lorsqu’il avait compris que seul le Christ, jusqu’à la fin des temps, occuperait la dernière place, mais que la place de ses disciples était de se tenir près de lui, en étant serviteur de tous, à cause de l’Évangile, parce que « Dieu a aimé le monde » (Jn 3, 16) et qu’en son Fils, il nous a montré qu’« il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Que le bienheureux Charles de Foucauld t’aide, cher Alain, à devenir un bon diacre dans l’Église du Christ qui est à Marseille ! Amen !

+ Jean-Marc Aveline

Église des Chartreux, samedi 16 octobre 2021

Publié le 16 octobre 2021 dans

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