Ordinations diaconales en vue du sacerdoce : homélie de Mgr Jean-Marc Aveline

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Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ

 

Ordinations au diaconat d’Arnaud Coppolani, Mac Van Hoang et Antoine Sigaudo

 

Dimanche 19 juin 2022

 

 

Chers amis,

Le texte que nous venons d’entendre se situe au chapitre 9 de l’Évangile selon saint Luc, chapitre qui a commencé par l’envoi des apôtres en mission. « Ne prenez rien pour la route, leur avait conseillé Jésus : ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent » (9, 3). Et ils étaient partis avec presque rien annoncer la bonne nouvelle dans les villes et les villages des alentours. Puis, à leur retour, Jésus, nous dit saint Luc, « les prend avec lui et se retire à part » (9, 10). Mais les foules s’en rendent compte et elles les suivent. Alors, loin d’en vouloir à ces gens qui ne le laisse pas en repos, Jésus, nous dit saint Luc, « les accueille, leur parle du royaume de Dieu et rend la santé à ceux qui ont besoin de guérison » (9, 11). Tout est là, frères et sœurs : l’accueil, la prédication et la consolation. Tout est là aussi, chers Arnaud, Van et Antoine, pour votre futur ministère : l’accueil, la prédication et la consolation. Je sais que vous avez déjà pu maintes fois vérifier, au cours de votre formation au séminaire et dans les paroisses du diocèse où vous avez été envoyés, que les foules d’aujourd’hui n’en ont pas moins besoin que celles d’hier. Beaucoup ont soif de l’Évangile. Encore faut-il le leur annoncer sans jamais se lasser, par l’accueil, la prédication et la consolation.

Mais revenons à notre texte : le jour baisse sur les collines de Galilée et les apôtres commencent à s’inquiéter. Il vaudrait mieux disperser tout ce monde et que chacun rentre chez lui pour se nourrir avant la nuit. Ils ont réellement le souci de cette foule, ces braves apôtres, mais ils ne comptent encore que sur leurs propres forces. C’est souvent le péché qui nous guette, frères et sœurs : ne compter que sur nos propres forces, soit par orgueil démesuré, soit par manque de confiance en Dieu. Jésus, lui, ne veut pas renvoyer cette foule. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (9, 13), dit-il aux apôtres qui objectent avec raison que l’on ne dispose que de cinq pains et deux poissons et qu’il est impossible, avec ce presque rien, de nourrir tant de monde ! Comme s’ils avaient déjà oublié le conseil de Jésus lors de leur envoi en mission : « Ne prenez rien pour la route, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent. » Quant à Jésus, il pressent qu’il y a là bien plus que des gens à nourrir : il y a des apôtres à former en accomplissant devant eux et avec eux l’œuvre du Père. Jésus sait que son Père n’a jamais renoncé à son dessein de salut, même quand son peuple n’était plus qu’un petit reste parmi les nations. Il sait qu’Abraham, qui ne représentait encore presque rien, avait été béni par Melkisédek, parce qu’il avait cru, envers et contre tout, en la promesse de Dieu. Jésus sait surtout, parce qu’il le vit lui-même, que Dieu aime révéler l’au-delà de tout avec presque rien !

Alors, le soir venu, Jésus lève les yeux au ciel, vers son Père et notre Père, prononce la bénédiction, rompt le pain et les poissons et les donne aux disciples pour qu’ils puissent faire eux-mêmes ce qu’il leur avait demandé : donner à manger à la foule. C’est lui qui leur donne de pouvoir donner. Par lui, avec lui et en lui, ils accomplissent l’œuvre du Père pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Et l’Église, depuis lors, ne cesse de chercher à mieux habiter ce mystère si grand qui, partant de cette multiplication des pains, un soir, au bord du lac, l’invite à faire mémoire du dernier repas de son Seigneur, la veille de sa Passion, ainsi que saint Paul l’avait raconté aux chrétiens de Corinthe : « La nuit qu’il fut livré le Seigneur prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit et dit : “ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi”. Et après le repas, il fit de même avec la coupe en disant : “cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi”. Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »

Ainsi, chers amis, l’eucharistie et l’Église sont liés, n’existant que l’une par l’autre. « L’eucharistie, disait saint Thomas, est tout à la fois un sacrifice et un sacrement. Elle est un sacrifice en tant qu’on l’offre et elle est un sacrement en tant qu’on la reçoit » (Somme théologique IIIa pars, q. 79, a. 5). Quand elle célèbre l’eucharistie, l’Église fait mémoire de la mort et de la résurrection du Seigneur, l’unique sacrifice du Christ auquel elle est associée ; elle rend grâces pour la présence bien réelle de ce Seigneur au milieu de ceux qui sont assemblés en son nom, une présence qui scelle leur unité et les invite à la communion ; et quand elle célèbre l’eucharistie, l’Église manifeste aussi son attente du retour de son Seigneur, se laissant envoyer par lui en mission, pour qu’advienne le royaume, lorsque le Père aura tout récapitulé en son Fils, par l’action de l’Esprit et la coopération de l’Église. Que ce mystère est grand ! Et comme l’on comprend, dès lors, que l’Église n’est pas un parlement, mais plutôt un sacrement, c’est-à-dire une œuvre que le Dieu Trinité accomplit lui-même par nous et avec nous, pour sa gloire et pour le salut du monde.

Et vous, Arnaud, Van et Antoine, vous entrevoyez aussi par-là ce qu’est le ministère du prêtre diocésain, auquel vous allez continuer à vous préparer tout au long de l’année qui vient. C’est pour vous inviter à vous mettre entièrement au service du saint peuple de Dieu que vous êtes ordonnés diacres aujourd’hui, et que vous le resterez, même quand, s’il plaît à Dieu, vous serez devenus prêtres. Ce peuple attend de vous que vous lui manifestiez la proximité et la tendresse de Dieu, par votre accueil, par votre prédication et par la consolation que vous lui apporterez. Et vous verrez, lui aussi vous aidera à mieux comprendre votre propre vocation. Car l’Esprit travaille bien plus largement que dans les limites de la communauté chrétienne déjà réunie. Comme le vent, l’Esprit souffle où il veut et des pierres du chemin, il est capable de donner des enfants à Abraham. Ne rapetissez jamais la vocation de l’Église à la catholicité !

Vous le savez : il n’y a pas de plus grand bonheur que de répondre oui à l’appel du Seigneur. Ce soir, le peuple de Dieu qui est à Marseille vous remercie profondément de votre « oui » et avec vous, il rend grâces à Dieu pour toutes les merveilles qu’il a déjà accomplies dans vos vies et que, comme Marie, vous méditez en silence. Prenez soin de la joie mariale déposée en vos cœurs. Ne laissez pas les prophètes de malheur tenter de vous la ravir. Mais n’oubliez pas pour autant que c’est bien la croix et le mystère pascal qui authentifient le plus sûrement que l’on est bien à la suite du Christ et non pas sur le chemin illusoire de l’ambition, du mensonge ou de la fuite du réel. Restez simples et vrais, à portée de tous, surtout des plus petits.

Et toi, Église de Marseille, réjouis-toi pour le don qui t’est fait aujourd’hui. N’étouffe pas le souffle de l’Esprit qui continue à appeler des jeunes à consacrer leur vie à l’œuvre de Dieu, que ce soit en fondant une famille, ou bien dans la vie consacrée, ou encore comme diacres ou comme prêtres. Dans l’Église, toutes les vocations sont importantes, et aucune n’a le monopole de la sainteté. Et nous, chers frères prêtres et diacres, n’oublions pas qu’il fait partie de notre mission que de transmettre à d’autres l’appel du Seigneur, de faire pour eux ce que d’autres ont fait pour nous, avec délicatesse et prudence, mais aussi avec courage. Nous le savons bien : ce ne sont pas nos mérites qui ont compté, mais bien plutôt la puissance de la grâce, la prière des autres et l’humble disponibilité de notre cœur. Alors continuons et faisons en sorte que le témoignage de nos vies soit le meilleur relais de l’appel du Seigneur dans le cœur des jeunes. Et que la louange de tout le peuple, d’eucharistie en eucharistie, en offrant le presque rien de nos existences, contribue à enflammer le monde d’une invincible espérance !

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

Archevêque de Marseille

Publié le 20 juin 2022 dans

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