Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson !

SaintVictor

Dans quelques jours, le dimanche 6 février, nous célébrerons, dans le cadre de l’Octave de la Chandeleur, une « messe pour les vocations » à l’abbaye Saint-Victor. À cette occasion, nous nous souviendrons de cette invitation lancée par Jésus lui-même dans l’Évangile : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Lc 10, 2). Prier pour les vocations : tout commence par-là ! Il y a quelques années, j’avais créé une « Commission Vocations », à la fois pour coordonner les initiatives qui existent, en susciter d’autres et pour entretenir dans la vie diocésaine la prière pour les vocations et le bon accueil de ceux qui cherchent à discerner l’appel de Dieu. C’est sur ce dernier point que je souhaite que nous progressions cette année : sensibiliser toutes les communautés chrétiennes, paroisses, services, mouvements, à la question des vocations. Car c’est toujours l’humus d’un peuple, sa prière et son témoignage qui, de près ou de loin, constituent le terreau sur lequel naissent et se développent les diverses vocations.

Cet humus, c’est donc l’Église qui séjourne au milieu d’un peuple. C’est en elle que l’on découvre sa vocation, parce que chaque vocation personnelle s’inscrit dans la vocation de l’Église. Or quelle est la vocation de l’Église ? C’est d’être au service de la relation d’amour que Dieu veut offrir au monde (Jn 3, 16). Si la vocation de l’Église est d’aimer le monde comme Dieu l’aime, d’inventer les manières diverses et sans cesse renouvelées de lui dire cet amour, en cherchant, en créant, alors on comprend bien qu’il y a de très nombreuses manières de réaliser sa vocation dans l’Église ou plutôt de prendre sa part de la vocation de l’Église. Cela peut se faire dans le mariage, dans la vie religieuse, dans la vie consacrée, dans le ministère presbytéral : peu importe. Aucune vocation n’est plus grande qu’une autre et aucune ne peut vivre sans les autres ! Et nous sommes tous responsables de la qualité de la réponse des autres à l’appel du Seigneur pour eux. L’important, c’est de choisir. La joie qui s’écoule de l’Évangile est une invitation à accueillir la miséricorde de Dieu et à choisir d’accepter d’avoir été choisi pour en porter témoignage par une vie de sainteté. « En effet, le Seigneur a élu chacun d’entre nous pour que nous soyons “saints et immaculés en sa présence dans l’amour” (Ep 1, 4) » (Gaudete et exsultate § 2). Et de ce point de vue-là, nous sommes tous concernés, puisque tout baptisé est appelé à la sainteté.

Dès lors, tout baptisé qui, dans la faiblesse de sa vie, s’ouvre à force de la grâce, devient porteur d’une mission où se réalise peu à peu sa vocation à la sainteté. Pas de grâce sans mission… et pas de mission sans grâce ! Le Seigneur ne nous demande pas d’être des surhommes autosuffisants, mais plutôt d’être disponibles au travail de l’Esprit Saint en nous et dans le monde, et d’apprendre à coopérer avec lui. Et même si les parcours de nos vies connaissent des détours ou des échecs, des incompréhensions ou des reniements, ce n’est qu’à la fin du chemin, lorsque nous sera remis le « caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit » (Ap 2, 17), que s’unifiera dans le regard de Dieu ce que nous aurons peut-être vécu de façon décousue. C’est la raison pour laquelle la vocation est sans cesse en nous en travail d’enfantement. En rigueur de termes, on n’a pas une vocation, comme si c’était quelque chose de statique et défini une fois pour toutes. On n’a pas une vocation mais on donne forme chaque jour à notre réponse à un appel qu’on a perçu et que l’on transforme en réalité concrète par un choix cohérent qui peut être solennellement exprimé de façon sacramentelle ou liturgique (mariage, ordination, vœux, etc.), mais qui est à traduire de multiples fois au fil de notre existence. Des « grands choix », on n’en pose pas beaucoup dans une vie. Mais il faut poser une foule de « petits choix » dans la cohérence de nos grands choix et dans une disponibilité aux mille questions qui surgissent au fil de notre existence.

C’est dans cette dynamique ecclésiale et personnelle que peuvent se manifester chez certains des appels plus spécifiques à servir les autres vocations et, plus généralement, l’épanouissement de la grâce baptismale. C’est notamment le cas pour la vocation presbytérale. Les ouvriers que nous prions le Maître d’envoyer à sa moisson ne sont pas uniquement les prêtres. Mais le ministère des prêtres est tout entier ordonné au service de la dignité du peuple de Dieu, un peuple dont le Maître suscite et attend le fruit. Et la dignité d’un peuple, même le plus pauvre, le plus misérable ou le plus asservi, provient de cette proximité de Dieu : Dieu s’est approché de son peuple et à travers lui de tous les peuples de la terre. Il leur donne sa vie. La vocation d’un prêtre, c’est d’aimer et de servir le peuple auquel il est envoyé. Je le dis avec force, notamment aux prêtres diocésains : ce lien avec le peuple, voilà la source de notre spiritualité. C’est la proximité de Dieu avec notre peuple, proximité qui de toujours, nous a précédés, c’est cette proximité qui tient la place, pour nous, du charisme d’un fondateur. Quand le saint Pape Jean-Paul II arrivait quelque part, il commençait par s’agenouiller pour baiser la terre, en signe de respect pour la présence de l’Esprit sur cette terre, avant même que les pas des premiers missionnaires n’en aient foulé le sol. Ce que Dieu a donné à ce peuple, sa sagesse ancestrale, son génie spirituel, les richesses de sa culture, voilà les pierres d’attente de l’Évangile, les semences du Verbe qu’il nous revient de chercher et de faire fructifier. Nous sommes en pays de mission ! Et ici comme ailleurs, l’évangélisation ne sera jamais réductible au placage de quelques paroles à des inconnus qui resteront inconnus : elle passe par le respect patient et amoureux d’un peuple, d’une terre, et de cet homme-là ou de cette femme-là, qui pourra découvrir l’amitié que le Christ lui porte à travers l’amitié que moi-même, envoyé par le Christ, je m’efforce de lui offrir, dans l’ordinaire des jours.

C’est dans cet esprit qu’il m’a semblé opportun d’ouvrir, ce même dimanche 6 février, une « année de l’appel », d’une Chandeleur à l’autre. La Commission Vocations, en lien avec la Pastorale des étudiants et des jeunes professionnels et la toute nouvelle Pastorale des adolescents (qui regroupe l’aumônerie de l’enseignement public, les Œuvres de jeunesse, les mouvements de jeunesse [scoutismes, etc.] et l’Enseignement catholique) pourra faire des propositions concrètes (veillées de prière régulières, pèlerinages dans les sanctuaires mariaux du diocèse, volontariats divers au service des pauvres, à Marseille et sur le pourtour méditerranéen, etc.) afin qu’elles soient rapidement mises en œuvre. Je suis convaincu que c’est en donnant consistance et visibilité à la dynamique vocationnelle du peuple de Dieu que l’on pourra aider toutes les vocations à mûrir et à se développer. Prions donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa mission !

 

+ Jean-Marc Aveline

Mardi 25 janvier 2022

Publié le 28 janvier 2022

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