Saint Nicolas de Myre

Église Saint-Nicolas de Myre

« Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. »

Jésus, comme nous venons de l’entendre, a voulu indiquer à tous ceux qui deviendraient ses disciples le véritable chemin du bonheur. On se souvient des Béatitudes : « Heureux serez-vous quand les hommes vous haïront, quand ils vous excluront et vous insulteront […] à cause du Fils de l’homme. » C’est sur ces chemins escarpés que, depuis deux mille ans, des saints et des saintes d’Orient et d’Occident nous ont précédés. En ce jour où nous fêtons tous les saints, rendons grâce à Dieu pour leurs vies et pour leurs témoignages.

Et voici que ce matin, en cette petite église Saint-Nicolas-de-Myre, nous sont donnés en exemple des saints qui peuvent tout particulièrement nous aider. D’abord il y a saint Nicolas lui-même, qui est sans conteste l’un des saints les plus populaires dans les Églises d’Orient et d’Occident. Né à Patara en Lycie vers 270, il fut désigné comme métropolite de Myre alors qu’il était encore relativement jeune. Il a subi la persécution romaine dans les premières années du IVe siècle et a participé au concile de Nicée en 325, le premier de tous les conciles œcuméniques, réuni pour lutter contre l’hérésie arienne. Comme il avait gardé la trace des coups reçus pendant la persécution, il fut inscrit au rang des « martyrs sans effusion de sang », titre donné par l’Église des premiers siècles à ceux qui, comme saint Jean l’Évangéliste, n’avaient pas succombé aux tortures des bourreaux mais avaient été persécutés pour leur foi.

Et saint Nicolas fut vénéré comme un grand saint, sa renommée se répandant d’abord dans tout l’Orient. Au point que lorsque les Turcs envahirent la péninsule italienne au début du XIe siècle, les chrétiens latins affolés voulurent avoir recours à lui pour les protéger. Avant Venise qui prévoyait une expédition, les marins de la ville de Bari vinrent prendre ses reliques à Myre et les transférèrent chez eux où un sanctuaire fut construit qui devint très vite un haut-lieu de pèlerinage. À partir de là, le rayonnement de saint Nicolas fut immense, le légendaire se mêlant souvent au réel pour manifester à travers lui la gloire du Seigneur.

Et nous, à Marseille, qui connaissons bien la multiplicité des peuples et des cultures, nous avons la chance extraordinaire d’avoir une église dédiée à saint Nicolas de Myre, au service de la communauté grecque catholique de notre cité ! L’Église grecque comprenait autrefois l’Orient tout entier, en distinction de l’Église latine pour les chrétiens d’Occident. N’oublions pas que le premier siège de saint Pierre fut à Antioche avant qu’il soit martyrisé à Rome. Puis il y eut, sans doute à cause de toutes les hérésies, de nombreuses querelles et incompréhensions réciproques, qui conduisirent au schisme en 1054, surtout emmené par le patriarche de Constantinople. On essaya par deux fois, au concile de Lyon en 1274 puis au concile de Florence en 1439, de ramener l’unité, mais ce fut en vain. Toutefois, comme le schisme avait son centre à Constantinople, les autres patriarches d’Antioche, d’Alexandrie et de Jérusalem ne furent pas totalement entraînés sur cette pente. Il resta donc un troupeau fidèle qui, au prix de souffrances et de persécutions, a conservé jusqu’à ce jour la foi catholique et la communion au Pontife Romain : c’est l’Église grecque unie, vulgairement et péjorativement dénommée melkite, ce qui signifie royale ou impériale, parce qu’après la condamnation d’Eutychès au concile de Chalcédoine (451), elle demeura fidèle à l’empereur Marcien qui avait puissamment combattu l’hérésie. Contraints par la suite, après la conquête musulmane, à adopter la langue arabe, les fidèles de cette église oublièrent peu à peu le grec et l’on dut traduire la liturgie en arabe tout en maintenant le rite grec.

Mais il faut rappeler aussi que notre petite Église grecque catholique de Marseille doit beaucoup à Bonaparte. En effet, après la capitulation du Caire le 27 juin 1801, l’armée de Bonaparte rentra en France, suivie par les Égyptiens qui avaient combattu dans ses rangs. Ceux-ci ayant débarqué à Marseille avec leurs familles, il s’établirent dans le quartier du Cours Lieutaud. De grandes noms sont restées célèbres à Marseille, comme les Hamaouy, les Sakakini, les Oddo, etc. En 1817, de nouveaux troubles dans l’Empire ottoman firent venir à Marseille une nouvelle vague de chrétiens melkites. Il leur fallait donc un lieu de culte. C’est alors que Mgr Maximos Mazloum, archevêque de Myre, la ville même de saint Nicolas, fut envoyé par le pape Pie VII à Marseille pour essayer de trouver une solution à cette difficulté. Et c’est ainsi qu’avec le concours de Mgr Ferdinand de Beausset, archevêque d’Aix qui en ce temps-là réglait les affaires de Marseille, dont le siège épiscopal avait été supprimé au moment du Concordat, et avec le concours du préfet des Bouches-du-Rhône, M. le comte de Villeneuve, l’église de Saint Nicolas de Myre fut construite et le service divin y fut célébré selon le rite grec en langue arabe. La première pierre de l’édifice fut posée le 7 juin 1821 et l’église fut consacrée le 5 janvier 1822, une veille d’Épiphanie, cette grande fête de la rencontre de l’Enfant-Dieu avec tous les peuples du monde.

En 1831, Mgr Fortuné de Mazenod, qui fut le premier évêque de Marseille après l’intermède aixois, constatant que le quartier des rues Paradis et de Rome se peuplait de plus en plus, résolut de construire une grande église dédiée à saint Joseph sur la rue Paradis. Il demanda alors au P. Michel Maksoud, originaire de Zahlé dans la Bekaa et qui était curé de Saint Nicolas depuis 1828, de bien vouloir accueillir, en attendant que l’église Saint Joseph soit construite, les fidèles de rite latin qui habitaient ce quartier. Et c’est ainsi que pendant les cinq ans et demi que dura la construction de Saint Joseph, les chrétiens de Marseille purent célébrer dans cette église selon les deux rites grec et latin. Et lorsque l’église Saint Joseph fut achevée, Mgr Fortuné de Mazenod écrivit une lettre de remerciements aux fidèles de Saint Nicolas, dans laquelle il leur disait ces mots qui nous engagent encore aujourd’hui : « j’aime à vous donner l’assurance que le clergé et les habitants de la paroisse de Saint Joseph ne perdront jamais le souvenir de tous les témoignages d’affection que leur ont constamment donnés toutes les personnes de votre rite. » Oui frères et sœurs, cette petite église de saint Nicolas de Myre est vraiment un lieu de rencontres entre les peuples, entre les rites, entre les cultures. Elle est comme un centre de gravité spirituel pour notre ville de Marseille, un lieu où bat le cœur de la cité phocéenne, porte de l’Orient ouverte sur le monde.

Et ce n’est pas fini ! En 1841, Mgr Mazloum, qui avait fondé cette église, repassait à Marseille. C’était l’époque de l’atroce guerre civile qui déchira le Liban et la Syrie par le conflit entre Druzes et chrétiens. Le 17 décembre 1841, Mgr Mazloum écrivit au roi de France Louis-Philippe une supplique dans laquelle il disait combien les fidèles de cette région, qu’ils soient grecs melkites ou maronites, frères liés par l’épreuve et par la foi, avaient payé le prix fort de ce conflit. « Les malheurs auraient été bien plus grands, le Kesrouan et le reste de la province auraient été ruinés sans la bravoure des habitants de Zahlé, la plupart melkites catholiques qui, assistés de l’émir Kangiar, ont soutenu deux combats, le 5 et le 13 novembre, contre 6000 Druzes. »

Quelques années plus tard, en 1858, c’est le père Philippe Abdou, natif de Damas qui fut installé curé de Saint Nicolas. Son propre père fut martyrisé en Orient lors des terribles massacres de 1860, qui furent du reste à l’origine de la grande mission du cardinal Lavigerie et de toutes les œuvres qu’il a fondées. C’est ce P. Abdou qui accueillit à Marseille la « petite Arabe », Mariam, née à Abellin près de Nazareth une veille d’Épiphanie, le 5 janvier 1846. Elle a ensuite vécu en Égypte, après la mort de ses parents, puis au Liban, et c’est de là que, servante au sein de la famille Naggiar, elle arrive à Marseille au début du mois de mai de 1863. Elle a 18 ans. L’abbé Abdou lui est d’un grand secours. Elle monte souvent à Notre-Dame de la Garde, où un mystérieux jeune homme, qui n’est autre que saint Joseph, la pousse vers la vie religieuse. Elle frappe à la porte des Filles de la charité, puis des sœurs clarisses et finalement se retrouve chez les sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, fondées à Marseille par Émilie de Vialar, dans le faubourg de la Capelette. C’est dans cette église qu’elle connut sa première extase ! Sa vie très étonnante et marquée par la présence intempestive de Dieu la conduira ensuite au carmel de Pau, puis en Inde au carmel de Mangalore et enfin au carmel de Bethléem où elle mourut, à 33 ans. Le dernier mot qu’elle prononça, au petit matin du 26 août 1878, fut celui de « miséricorde ».

Voilà, frères et sœurs, tout ce que nous célébrons ce matin, avec tous les saints ! C’est dans les soubresauts de l’histoire que Dieu écrit droit avec les lignes courbes de nos existences. En grec, en latin ou en arabe, les paroles de l’Évangile ont trouvé, depuis deux mille ans, d’innombrables façons d’être incarnées dans des vies humaines, sur le devant de la scène ou dans l’ombre des cloîtres. De Nicolas qui souffrit la persécution au IVe siècle, de Maximos qui conduisit le troupeau que Dieu lui avait confié et lui donna dans notre ville un lieu pour sa prière et son apostolat, de Mariam qui dans la plus grande discrétion, fut témoin de la force de Dieu dans la fragilité de son existence, de tous ces croyants qui sont passés dans cette église, de rite grec et de rite latin, de tout cela, ce matin, nous sommes les héritiers. Et c’est sur nous que le Seigneur veut compter aujourd’hui pour que continuent de se déployer dans le monde le témoignage toujours neuf de l’Évangile, la pratique toujours inventive de la miséricorde.

Permettez-moi pour conclure de reprendre la formule par laquelle se termine le passage de la lettre aux Hébreux que nous avons entendu tout à l’heure : « Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien – courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. » Et souvenons-nous qu’Il nous a dit : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. »

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

Dimanche 12 juin 2022

Publié le 14 juin 2022 dans

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