175e anniversaire de la fondation de l’Œuvre Mère de Timon-David

oeuvremere

Dimanche de Pentecôte, 5 juin 2022

 

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ».

 Qu’elle est étrange, chers amis, quand on y réfléchit bien, cette phrase de Jésus ! Dieu n’est-il pas le Créateur tout-puissant du ciel et de la terre ? N’est-il pas, par conséquent, partout chez lui, sans avoir besoin de demander l’hospitalité, comme on peut lire au livre de l’Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » ? C’est que Dieu, qui est tout-puissant, veut respecter, comme la prunelle de ses yeux, la liberté qu’il a créée en nous. Parce que l’homme et la femme sont les seules créatures que Dieu a créées à son image et à sa ressemblance, il leur a donné de pouvoir choisir de l’accueillir ou de ne pas l’accueillir dans leur cœur.

Quel profond mystère, chers amis, que celui de l’immense dignité de la personne humaine, de toute personne humaine ! Et quelle belle feuille de route pour tous les chrétiens que de toujours chercher à protéger cette dignité, à la promouvoir, surtout dans les milieux où elle est bafouée ! Lorsque le jeune Timon-David rencontra, un jour de mai 1845, un an avant son ordination, dans la cour de récréation du Séminaire Saint-Sulpice à Paris, l’abbé Ledreuille, de plusieurs années son aîné, il fut immédiatement séduit. À travers lui, il découvrait la possibilité d’un apostolat qui serait entièrement consacré aux familles ouvrières pauvres. Au cours de l’été qui suivit, l’abbé Ledreuille lui demanda des informations sur les nombreuses confréries présentes à Marseille et sur leur action auprès des pauvres. C’est en menant son enquête que, le 25 septembre 1845, l’abbé Timon-David rencontra l’abbé Julien, alors vicaire à la paroisse Notre-Dame-du-Mont, qui avait organisé une œuvre de jeunesse importante rue de la Loubière. Il est conquis par cet apostolat en direction des ouvriers, même si, plus tard, il cherchera à le vivre d’une autre façon. Mais le désir est maintenant fort ancré en lui, au point qu’au soir du 27 juin 1846, la veille de son ordination presbytérale par Mgr Eugène de Mazenod, Timon-David rédige son « vœu de servitude » :

J’entends par vœu de servitude envers les âmes des pauvres, la promesse de me porter constamment et de toutes mes forces à la sanctification des ouvriers… Je ne me chargerai d’aucune personne qui n’appartienne pas à la classe ouvrière, ne pouvant servir de nouveaux maîtres sans la permission des premiers… Je me porterai avec joie et promptitude à l’instruction des plus pauvres et des plus petits… Je prierai pour eux… Je ferai pénitence pour leurs péchés… Je les traiterai avec tout le respect qu’un esclave peut avoir pour ses maîtres… Je ne reculerai devant aucun des sacrifices que réclame le bien de leur âme.

Puis, l’abbé Timon-David chercha son propre chemin, essayant de mieux comprendre ce que le Seigneur attendait de lui, pour rendre aux plus défavorisés leur dignité de fils et de filles de Dieu. L’influence de Monsieur Allemand fut décisive, ainsi que celle de la communauté des Messieurs de l’Œuvre. Mais c’est à une œuvre toute particulière qu’il lui fallait ouvrir le chemin d’une mission qui se poursuit encore aujourd’hui, puisque nous en célébrons, dans l’action de grâce, le cent-soixante-quinzième anniversaire !

Permettez-moi, ce matin, de vous donner trois conseils, que je puise à l’écoute de votre fondateur. D’abord, gardez bien l’humilité de vos débuts. « Une œuvre doit avoir horreur du bruit, de l’éclat prématuré et factice après lequel on court dès le début. […] Elle perd en profondeur ce qu’elle gagne en surface », disait l’abbé Timon-David. Aujourd’hui, comme beaucoup d’autres réalités ecclésiales, nous perdons en surface. Raison de plus pour gagner en profondeur ! Cela passe d’abord par les prêtres et par les laïcs qui sont en charge des diverses maisons et des établissements scolaires. Gagnez en profondeur et en intériorité. Cultivez l’humilité, pour savoir entendre quand le Seigneur frappe à la porte.

Le deuxième conseil, c’est la vérité. Dans la Séquence de Pentecôte, on prie l’Esprit Saint, « père des pauvres et hôte de nos âmes », de nous aider à « laver ce qui est souillé, guérir ce qui est blessé, assouplir ce qui est raide, rendre droit ce qui est faussé ». Je le demande avec vous dans ma prière pour vous, chers Pères de Timon-David : n’ayez pas peur de la vérité. Elle seule vous rendra libres ! Réconciliez-vous en vérité ! Soyez dignes de la confiance que Dieu vous a faite en vous appelant, avec vos différences de caractère, d’histoire personnelle, de sensibilité ecclésiale, à continuer l’Œuvre magnifique de votre fondateur. Je sais que vous y travaillez, aidés par le P. Philippe Mura, auquel je veux dire toute ma profonde estime et reconnaissance. Continuez ! C’est à l’amour véritable que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes les disciples du Christ.

Enfin, mon dernier conseil, c’est la proximité avec les pauvres d’aujourd’hui. Ce ne sont plus seulement des ouvriers, comme au temps de votre fondateur. Ce sont des chômeurs, des jeunes exploités par des réseaux en tous genres qui bafouent leurs vies et brisent l’élan généreux de leur jeunesse. Ce sont des jeunes migrants, échoués à Marseille à cause de la misère, de la corruption, de la violence ou de la guerre qui ravagent leurs pays. Ils ont besoin de sentir, au moins une fois dans leur vie, qu’ils comptent aux yeux de Dieu, qu’ils ont du prix à ses yeux et qu’il les aime. Ils ont besoin de s’entendre dire : « viens, on a besoin de toi » ! Et comment le découvriront-ils, ces jeunes-là, si votre présence, votre proximité, votre témoignage de foi et d’espérance ne le leur montrent pas ?

Humilité, vérité, proximité : la mission est abondante, et les ouvriers sont peu nombreux, mais l’Esprit Saint, qui est le premier responsable de la mission, ne cesse d’agir et d’être présent, non seulement dans l’Église, mais aussi, comme l’écrivait le saint Pape Jean-Paul II, « dans les sociétés, dans l’histoire, dans les cultures et dans les religions » ! Donc, que rien de ce qui est humain ne vous semble trop loin ou trop sale aux yeux de Dieu. Soyez des apôtres de sa proximité. L’Esprit vous précède, il vous attend, il vous presse !

Soyez sûrs de ma prière et de mon soutien. En exprimant ma profonde reconnaissance à tous ceux qui font vivre les Œuvres de Timon-David aujourd’hui, et en particulier aux jeunes qui s’y engagent aujourd’hui pour aider leurs cadets, aux familles qui les soutiennent, aux prêtres qui y consacrent leur vie tout entière, je m’associe à votre action de grâce, que nous pourrons peut-être déployer, si Dieu le veut, au cours d’une année jubilaire, en 2023, pour marquer le deux-centième anniversaire de la naissance du Père Timon-David. Qu’il veille sur nous dans la force de l’Esprit !

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

Archevêque de Marseille

Publié le 07 juin 2022 dans

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