« Rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1, 37)

annonciation

Au seuil de l’Évangile, l’ange reprend la formule qu’il avait déjà utilisée au tout début de l’histoire du salut, au chapitre dix-huit de la Genèse, afin de convaincre Abraham et Sara qu’ils pouvaient croire en la promesse d’une descendance, malgré leur âge avancé : « Y a-t-il une chose qui soit trop prodigieuse pour le Seigneur » (cf. Gn 18, 14) ? Et maintenant, pour convaincre Marie et susciter son fiat, l’ange, évoquant la grossesse d’Élisabeth sa cousine, que l’on disait stérile, l’invite à croire que « rien n’est impossible à Dieu ». C’est que Dieu tient au salut de l’humanité. C’est pour cela qu’Il l’a créée, afin qu’elle participe à l’œuvre de la Création et qu’elle entre tout entière dans la vie divine, même si c’est par la porte étroite d’un combat que la liberté, avec l’aide de la grâce, doit livrer contre le péché, c’est-à-dire contre l’orgueil de la créature, toujours tentée d’oublier qu’elle doit tout à son Créateur.

On a longtemps hésité, dans l’histoire de la liturgie de l’Église, quant au moment de l’année où il fallait insérer cette fête de l’Annonciation. Parce qu’elle s’intègre à la préparation de la naissance de Jésus, on la situa d’abord pendant le temps liturgique de l’Avent, plus précisément au 18 décembre, avant de réserver ce jour à l’Évangéliste saint Luc. Puis on la situa juste neuf mois avant Noël, le 25 mars, pas très loin de l’équinoxe de printemps, symbole de toute renaissance. Désormais plus proche de Pâques que de Noël, la solennité de l’Annonciation nous plonge encore davantage dans le mystère du salut : non seulement « rien n’est impossible à Dieu », mais pour réaliser son œuvre, Dieu lui-même est prêt, en Son Fils, à en payer le prix. Non seulement « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, […] non pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-17), mais ce Fils, qui a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, n’a pas hésité à faire l’offrande de son corps, une fois pour toutes, comme nous l’a rappelé tout à l’heure l’auteur de la Lettre aux Hébreux, car « nul n’a de plus grand amour que celui qui se dessaisit de sa vie pour ceux qu’il aime » (Jn 15, 13).

Comme il est grand, frères et sœurs, l’amour dont Dieu nous a aimés ! Et comme il est douloureux de constater à quel point, en nous et autour de nous, l’amour n’est pas aimé ! Ce qui se passe actuellement en Ukraine interpelle fortement nos consciences et notre foi. La décision du pape François de recourir aujourd’hui à la consécration des deux nations, ukrainienne et russe, ainsi que de toute l’humanité, au Cœur immaculé de Marie, est une façon de renouveler la confiance en la promesse de l’ange, dans la Genèse ou dans l’Évangile : rien n’est impossible à Dieu, même lors des pires convulsions de l’histoire ! Si tu veux la paix, commence par prier et demande pour toi-même d’abord la grâce de la conversion qui désarme l’orgueil. Cet après-midi, c’est dans le cadre d’une célébration pénitentielle que le pape François a prononcé l’Acte solennel de consécration de toute l’humanité, comme nous le ferons nous aussi tout à l’heure, afin de porter à Dieu, « par sa Mère et notre Mère, le cri de douleur de tous ceux qui souffrent et implorent la fin de la violence », que ce soit en Ukraine, en Syrie, au Soudan, au Yémen et ailleurs, sans oublier les personnes migrantes, fuyant la violence et la guerre de leurs pays d’origine et tombant parfois, comme en Libye, sur des régimes concentrationnaires encore plus durs que ceux qu’elles ont quittés.

On se souvient de l’apparition de la Vierge à Fatima en 1917, alors que le monde s’enlisait dans la dernière phase, de plus en plus meurtrière, de la Grande Guerre et qu’on était aussi à la veille de la révolution bolchévique en Russie, qui d’un côté exprimait l’espérance d’un peuple opprimé, mais d’un autre côté entraîna tant de persécutions, de crimes et de désolations. Aujourd’hui, le rêve d’un retour à la puissance hégémonique de l’ancienne Union soviétique se transforme régulièrement en cauchemar pour les populations qui voudraient échapper à cette emprise. En dénonçant clairement l’inacceptable agression armée de la Russie envers l’Ukraine, le Pape François n’oublie pas les malheurs du peuple russe ni le calvaire qu’il subit depuis des décennies. Ce sont ces deux peuples qu’il nous demande de confier tout particulièrement à la Vierge Marie, nous invitant à croire avec lui en la force de cette prière, confiante en la promesse de Dieu, à qui rien n’est impossible. À Fatima, aujourd’hui, le cardinal Krajewski, aumônier du Pape, a renouvelé cette consécration au cœur immaculé de Marie sur les lieux mêmes de l’apparition.

O Cœur immaculé de Marie, viens en aide aux peuples qui souffrent et qui peinent à se relever. Dans l’Évangile, il est par deux fois fait mention de ce cœur : d’abord devant le Temple, lorsque le vieillard Siméon annonce à la mère de Jésus qu’un glaive lui transpercera le cœur (Lc 2, 35) ; ensuite quand l’évangéliste note que « sa mère gardait tous ces événements dans son cœur » (Lc 2, 52). Le cœur, lieu de la douleur et lieu de la mémoire ; lieu de l’épreuve et lieu de la foi ; le cœur, chemin de communion avec Dieu et avec toute l’humanité, comme Marie l’avait annoncé à Lucie, l’une des voyantes de Fatima : « Mon cœur immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu ».

Chers amis, comment ne pas prier ce soir, tout particulièrement, pour les habitants de Marioupol, la ville de Marie, écrasée depuis des jours et des nuits sous les bombes de l’armée russe ? Dans les rues des villes d’Ukraine, on voit depuis un mois des hommes et des femmes en prière, avec une icône de la Vierge de Protection habillée d’un voile, comme ils le firent au long des siècles, chaque fois que leur pays était en danger. O Notre-Dame de Zarvanytsia, protège ton peuple ukrainien ! O Notre-Dame de Kazan, à Saint-Pétersbourg, réveille la conscience et l’espérance du peuple russe. Car ces deux peuples, ukrainien et russe, ces deux Églises sœurs, orthodoxe et catholique, sont unis par une même confiance et une même vénération pour la mère de Dieu, la Theotokos, comme le pape Jean-Paul II l’avait fortement rappelé, notamment lors de l’Année mariale de 1987, préparant la célébration du Millénaire de l’évangélisation de l’Ukraine en 1988, lorsque Volodymyr Ier, prince de Novgorod, se fixa à Kiev et reçut le baptême en Crimée en 988, entraînant dans la foi toute la Rus’ de Kiev !

Chers frères et sœurs ukrainiens présents dans cette cathédrale : aujourd’hui, nous vous accueillons de tout notre cœur dans notre cité phocéenne, jumelée avec celle d’Odessa. N’hésitez pas à nous demander ce dont vous avez besoin. Avec vous nous prions, nous espérons, et nous mettons tout en œuvre pour prendre soin de vos familles, de vos enfants, de vos malades et de vos aînés restés sur place. Ce soir, pour vous et pour le peuple russe, qui subit de son côté d’autres malheurs, nous prions Marie la Reine de la Paix. Avec elle, nous redisons notre confiance en Dieu. Et chacun, dans le secret de son cœur, à quelque étape qu’il en soit du long chemin de conversion de sa vie, peut dire au Seigneur ce que Marie avait répondu à l’ange, d’un cœur confiant et désarmé : « Que tout m’advienne selon ta parole » !

Amen !

 

+ Jean-Marc Aveline

Solennité de l’Annonciation
Cathédrale de la Major, 25 mars 2022

Publié le 28 mars 2022 dans

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