A l’occasion du trentième anniversaire de l’assassinat des moines de Tibhirine, l’Institut de sciences et théologie des religions (ISTR) sinaugure une chaire Christian de Chergé le 30 mai prochain. Le père Joseph Sene, professeur à l’ISTR et délégué diocésain du Service des relations avec les musulmans, la présente.
Comment et pourquoi la chaire Christian de Chergé a-t-elle été créée ?
La création de chaire est une pratique répandue dans le monde universitaire. Et il arrive que certaines institutions universitaires, comme la nôtre, place la chaire sous le patronage d’une personnalité dont l’itinéraire intellectuel et l’œuvre traduisent de manière exemplaire et significative l’orientation qu’elles souhaitent lui donner. Dans le cas de l’ISTR, le choix de Christian de Chergé prend tout son sens. Sa vie, son œuvre et sa spiritualité, profondément marquées par la rencontre avec l’islam, constituent une source d’inspiration majeure pour penser une théologie en dialogue avec l’Islam. C’est dans cette perspective que cette chaire a été créée et placée sous son patronage.
Pourquoi la décision de placer une chaire sous le patronage de Christian de Chergé ?
Cette décision, ne relève ni d’une initiative personnelle ni d’un simple geste symbolique. Placer une chaire sous le patronage de Christian de Chergé est à la fois le fruit et le renouvellement d’une longue histoire, qui a profondément façonné l’identité de l’ISTR. Comme Christian Salenson l’a souvent rappelé, une étape déterminante s’est ouverte au lendemain de la mort des moines de Tibhirine. L’ISTR a alors été contacté pour voir s’il était intéressé par les archives de Tibhirine sur les écrits des moines. L’institut a répondu favorablement à cette demande et a constitué un groupe de travail chargé d’en assurer l’étude et la valorisation scientifique. Depuis plus de trois décennies, l’itinéraire spirituel et intellectuel des moines de Tibhirine, en lien avec les martyrs d’Algérie, a nourri la réflexion de l’institut, soutenu son orientation propre et contribué à affermir sa vocation ainsi que son rayonnement. La création de cette chaire s’inscrit donc dans la continuité d’une mémoire vivante : elle la prolonge, tout en lui donnant une forme institutionnelle nouvelle.
Comment définir cette spiritualité de Christian de Chergé ?
La spiritualité de Christian de Chergé imprègne cette chaire de théologie d’abord par son orientation fondamentale vers la rencontre et le dialogue avec l’islam, lieu théologique où se découvre quelque chose du mystère de Dieu. Christian a développé une spiritualité enracinée dans la prière, mais ouverte à l’islam : une spiritualité de la rencontre, marquée par la vie fraternelle, l’hospitalité, le don de soi et la conviction que Dieu agit au cœur même de la relation entre croyants de traditions différentes. Et la chaire est appelée à entrer dans cette dynamique : faire de la rencontre avec l’islam et les musulmans, un miroir qui nous pousse à relire notre propre foi et à redécouvrir le ‘Dieu plus grand’. « Il y a une écoute fraternelle de l’islam qui peut nous ramener au cœur même du mystère de Dieu, dans un humble attachement à un Christ toujours plus grand que ce que nous pouvons en dire ou en vivre »[1], disait Christian de Chergé. Il voulait mettre en lumière, un double dynamique. D’une part, il reconnait que l’expérience de l’altérité religieuse – ici, celle de l’islam – ouvre un espace spirituel susceptible d’approfondir notre compréhension chrétienne de Dieu. D’autre part, il insiste sur la transcendance du Christ qui dépasse constamment nos représentations et pratiques. Ce point de vue trouve un écho dans le texte du Magistère Dialogue et Annonce qui invite les chrétiens à accepter d’être remis en question par la rencontre avec d’autres traditions religieuses, sans pour autant perdre de vue l’enjeu de l’annonce du Christ comme unique sauveur. Bien que la foi chrétienne confesse en effet la plénitude de la révélation de Dieu en Jésus-Christ, la manière suivant laquelle ils comprennent leur religion et la vivent peut parfois avoir besoin de purification [2]. Il s’agit de laisser la rencontre interroger et approfondir la foi chrétienne : « Loin d’affaiblir leur foi chrétienne, le vrai dialogue l’approfondira. Ils deviendront toujours plus conscients de leur identité chrétienne et percevront plus clairement ce qui est propre au message chrétien. Leur foi gagnera de nouvelles dimensions, tandis qu’ils découvriront la présence agissante du mystère de Jésus Christ au-delà des frontières visibles de l’Église et du bercail chrétien »[3]. La chaire veut suivre et vivre cette orientation.
P. Joseph SENE
photo crédit DR
Dossier à retrouver dans le numéro d’avril d’Eglise à Marseille
Lien d’inscription pour le colloque du 30 mai
[1] Chemins de Dialogue no27, Prier à l’écoute de l’islam, 2006 ; p. 22.
[2] Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Dialogue et Annonce, 1991, no32.
[3] Dialogue et Annonce, no50

Publié le 12 mai 2026 dans A la une
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